Ils opéraient en toute discrétion depuis 2023, ciblant méthodiquement des clients aux sorties de banques sur un arc de villes allant d'Abidjan jusqu'au nord du pays — Gagnoa, Soubré, Séguéla, Odienné. Leur signature : une crevaison provoquée à distance pour immobiliser le véhicule de la victime, suivie d'un braquage à main armée. En trois ans d'activité, ce réseau criminel organisé a semé la terreur, engrangé plus d'un milliard de francs CFA, et laissé derrière lui au moins deux morts et plusieurs blessés par balles.
C'est désormais terminé. La Brigade de Recherches et d'Investigations Nord (BRI Nord), épaulée par les unités locales de la Police nationale, a porté le coup de grâce lors d'une opération éclair conduite du 9 au 11 avril 2026 entre Gagnoa et Yabayo. Cinq membres présumés du réseau, identifiés uniquement par leurs initiales — A.O., F.I., N.C., J.I. et J.O. — se retrouvent désormais entre les mains de la justice, poursuivis pour vols à main armée et association de malfaiteurs.
Venait alors la pièce maîtresse du dispositif : la crevaison provoquée. Un mécanisme permettant d'éclater un pneu du véhicule ciblé, forçant son conducteur à s'arrêter. Vulnérable, isolé, la victime se retrouvait alors face à des hommes armés. La transaction était rapide et brutale. Plusieurs de ces victimes ont payé de leur sang — deux personnes ont perdu la vie, d'autres ont été blessées par balles lors d'opérations qui ont mal tourné.
Chefs d'inculpation : vols à main armée et association de malfaiteurs
Lors de leur audition, ils ont reconnu leur appartenance au gang et leur implication dans plusieurs braquages, notamment à Odienné
L'un d'eux a été formellement identifié par une victime
Le groupe serait également impliqué dans deux homicides et plusieurs blessures par balles
Tous sont désormais à la disposition de la justice
L'aspect le plus notable de cette dernière opération est peut-être son périmètre géographique. Gagnoa et Yabayo — deux localités du centre-ouest ivoirien — ne sont pas traditionnellement associées aux grands réseaux de criminalité organisée, contrairement à certains quartiers d'Abidjan. Le fait que le gang ait étendu ses activités jusqu'à ces zones témoigne d'une mobilité et d'une adaptabilité qui rendaient d'autant plus difficile son identification et son démantèlement.
— Communiqué RTI Infos · Opération BRI Nord, avril 2026
C'est une réalité que la police ivoirienne prend très au sérieux. Les arrestations se multiplient et les opérations se professionnalisent. La BRI, les unités anti-criminalité et le CCDO — le Centre de Coordination des Décisions Opérationnelles, qui mobilise plus de 750 policiers, gendarmes et militaires — constituent un dispositif dont l'efficacité se renforce année après année.
Il reste que la lutte contre le banditisme ne se gagne pas uniquement par les opérations policières. Les causes profondes — chômage des jeunes, difficulté d'accès aux ressources dans les zones périurbaines et rurales, développement des réseaux criminels transnationaux — nécessitent des réponses qui dépassent le seul cadre sécuritaire. Le milliard de francs CFA de préjudice laissé dans le sillage de ce gang est aussi le reflet d'une vulnérabilité économique et sociale que les seules arrestations ne résoudront pas.