Le feuilleton CAN 2025 vient de prendre une dimension internationale irréversible. Ce mercredi 25 mars 2026, depuis son siège de Lausanne, le Tribunal Arbitral du Sport a officiellement annoncé avoir enregistré l'appel de la Fédération sénégalaise de football contre la Confédération africaine de football et la Fédération royale marocaine de football. L'objet de la saisine est sans ambiguïté : annuler la décision de la CAF du 17 mars 2026 et restaurer le Sénégal dans ses droits de champion d'Afrique 2025.
Après huit jours d'une pression nationale et internationale sans précédent — manifestations devant l'ambassade de la CAF à Dakar, pétitions à plusieurs centaines de milliers de signatures, déclarations officielles du président de la République du Sénégal, Bassirou Diomaye Faye — la Fédération sénégalaise a donc tenu sa promesse. Elle avait annoncé saisir le TAS sous 48 heures après la lettre de mise en demeure adressée au Secrétaire général de la CAF. La promesse a été respectée. L'acte est posé. L'histoire du football africain vient de prendre un tournant dont personne ne peut encore mesurer la portée exacte.
Ce que dit le communiqué du TAS — les faits bruts
Le communiqué officiel publié par le TAS ce mercredi est un document de haute importance juridique. L'appel concerne la décision rendue par la CAF le 17 mars 2026 qui a déclaré la sélection sénégalaise perdante de la finale par forfait, attribuant ainsi la victoire à l'équipe nationale du Maroc sur le score de 3-0.
Enregistré par le TAS le 25 mars 2026, l'appel conclut à ce que la décision de la CAF soit annulée et que la FSF soit déclarée vainqueur de la CAN. La FSF demande également la suspension immédiate du délai pour le dépôt du mémoire d'appel jusqu'à ce que les motifs complets de la décision de la CAF soient notifiés. La décision de la CAF du 17 mars 2026 ne contenait que le verdict du Jury d'Appel de la CAF.
C'est précisément ce point qui est stratégiquement crucial : la CAF a rendu son verdict sans publier les motivations détaillées de sa décision. En d'autres termes, la Fédération sénégalaise a été condamnée sans savoir exactement pourquoi — ni sur quelles bases juridiques précises le jury d'appel a renversé la décision de première instance. Le TAS l'a pris acte et à ce stade de la procédure et compte tenu de la demande de suspension de délai formulée par la FSF, il n'est pas encore possible d'anticiper les échéances de la procédure, ni d'indiquer quand une audience sera fixée.
Chronologie d'une crise sans précédent
La finale. Sénégal 1-0 Maroc après prolongation. But de Pape Gueye (94'). Les Lions de la Téranga quittent le terrain ~15 minutes pour protester contre un penalty accordé au Maroc. L'arbitre laisse reprendre. Brahim Díaz rate son penalty (arrêt d'Édouard Mendy). Le trophée est remis au Sénégal.
Plainte du Maroc. La FRMF dépose une plainte auprès des instances disciplinaires de la CAF en invoquant les articles 82 et 84 du règlement de la CAN (abandon de match). La CAF ouvre une procédure.
Victoire sénégalaise en première instance. Le jury de première instance de la CAF valide le résultat du terrain. Le Sénégal conserve provisoirement son titre.
Coup de tonnerre. Le jury d'appel de la CAF infirme la décision de première instance. Sénégal déclaré forfait 3-0. La victoire est attribuée au Maroc. Décision rendue sans publication des motifs détaillés.
La bataille diplomatique. Le Président Bassirou Diomaye Faye instruit le gouvernement. La FSF envoie une lettre de mise en demeure au Secrétaire général de la CAF, exigeant sursis à exécution et communication du rapport d'arbitre. Sadio Mané s'exprime publiquement.
Le TAS entre en jeu. La FSF enregistre officiellement son appel contre la CAF ET la FRMF. Le TAS confirme avoir reçu le dossier et annonce la constitution prochaine d'une formation arbitrale indépendante.
Formation arbitrale : Une chambre de 3 arbitres indépendants sera désignée. Le TAS comprend une liste de ~400 arbitres accrédités dans le monde.
Délai mémoire d'appel : La FSF dispose de 20 jours après notification des motifs complets de la CAF pour déposer ses arguments juridiques détaillés. Ce délai est suspendu tant que la CAF n'a pas publié ses motivations.
Réponse des intimés : La CAF et la FRMF auront ensuite 20 jours pour répondre. Le Maroc peut également demander à intervenir en tant que tiers dans la procédure.
Durée estimée : Selon les spécialistes du droit du sport, la procédure ordinaire du TAS peut durer entre 6 et 18 mois. Une procédure d'urgence (mesures provisionnelles) peut être décidée sous 48 à 72 heures si le TAS l'estime nécessaire.
Pendant ce temps : Le Maroc reste officiellement sacré champion d'Afrique 2025 dans les registres de la CAF, jusqu'à décision contraire du TAS.
La lettre de mise en demeure adressée par la FSF à la CAF, dont abidjan4all.net a obtenu copie, est un document juridique dense et offensif. Elle articule trois griefs principaux qui constitueront l'épine dorsale du dossier à Lausanne.
Premier argument : la violation de la souveraineté de l'arbitre. La Fédération sénégalaise rappelle que la Loi 5 de l'IFAB confère à l'arbitre un pouvoir discrétionnaire absolu sur la conduite du jeu. En laissant le match reprendre, en autorisant le penalty, puis en validant le résultat final, l'arbitre Jacques Ndala Ngambo a transformé une interruption temporaire en une reprise officielle. La CAF, en requalifiant a posteriori cet incident en "abandon", viole selon la FSF la Field of Play Doctrine — le principe cardinal du droit sportif international selon lequel les décisions de terrain de l'arbitre sont définitives et ne peuvent être révisées par les instances.
Deuxième argument : l'erreur de qualification juridique. L'article 84 du règlement de la CAN, invoqué par la CAF, sanctionne l'"abandon" de match. Or, un abandon suppose une rupture définitive et irréversible. Le Sénégal est revenu. Le match a été joué jusqu'à son terme réglementaire. Le trophée a été remis. La qualification de "forfait" pour un incident résolu sur le terrain est, selon la FSF, abusive et inapplicable.
Troisième argument : la disproportion manifeste de la sanction. La FSF cite notamment la jurisprudence TAS 2013/A/3139 pour établir qu'une sanction aussi grave que le retrait d'un titre continental, pour un arrêt de jeu d'une quinzaine de minutes suivi d'une reprise normale, est disproportionnée au regard des principes généraux du droit du sport.
"En requalifiant un incident de jeu résolu sur le terrain en forfait a posteriori, la CAF viole la doctrine constante du TAS sur la souveraineté de l'arbitre."
Les juristes spécialisés en droit du sport sont partagés sur l'issue probable. En s'appuyant sur les précédents du TAS (Wydad, Mali-Tunisie, Serbie-Albanie), une réflexion doctrinale plaide pour une primauté de la vérité sportive et une réforme urgente du cadre disciplinaire africain afin de garantir la sécurité juridique des compétitions.
Du côté marocain, Mohamed El Tobgy, consultant juridique auprès de la Fédération égyptienne de football et instructeur CAF, estime que malgré l'appel devant le TAS, le verdict final devrait rester en faveur du Maroc. Son argument central : les articles 82 et 84 du règlement de la CAN sont explicites sur le départ non autorisé du terrain, et la reprise du jeu n'efface pas juridiquement l'infraction initiale.
La tension entre ces deux lectures est exactement ce que le TAS devra trancher. Et c'est précisément pour cette raison qu'une procédure ordinaire — et non une mesure d'urgence — semble la plus probable : le tribunal aura besoin de temps pour construire une jurisprudence sur une configuration aussi inédite.
Hakimi, Mbaye, et le geste qui a ému l'Afrique
"Le Sénégal nous a battus honnêtement. Ce serait injuste de gâcher leur joie après tous leurs efforts. Je respecte la décision de la CAF, mais je refuse officiellement le trophée. Je n'ai pas gagné la Coupe d'Afrique."
⚠️ Attention : plusieurs médias de fact-checking ont relevé que ces déclarations circulent depuis des sources non vérifiables — ni les comptes certifiés d'Hakimi, ni la FRMF n'ont confirmé ces propos. La prudence s'impose.
En revanche, ce qui est confirmé et documenté : Ibrahim Mbaye, défenseur sénégalais du PSG, a révélé dans une interview que c'est Achraf Hakimi lui-même — son coéquipier au PSG — qui l'avait informé de la décision de la CAF. Mbaye a déclaré : "Je n'étais même pas au courant. C'est Hakimi qui m'a dit : Tu as vu les infos ? Ils nous ont donné le trophée." Les deux joueurs, coéquipiers au quotidien, ont eu un échange mesuré, sans polémique.
Quelle que soit la véracité exacte des déclarations attribuées à Hakimi sur les réseaux, cette séquence illustre quelque chose de plus profond : sur le terrain humain, cette décision de la CAF n'a pas fait que diviser — elle a créé un malaise visible jusque dans les vestiaires des clubs européens où Sénégalais et Marocains partagent le même maillot au quotidien. Ce n'est pas anodin.
Ce que j'en pense — opinion libre
Je vais être direct. Ce qui se joue à Lausanne dans les semaines et mois à venir dépasse largement le cadre d'un litige entre la FSF et la CAF. C'est l'ensemble du système de gouvernance du football africain qui est en procès.
La Fédération sénégalaise a bien fait de saisir le TAS. Non pas parce que je suis convaincu qu'elle va gagner — les juristes sont sincèrement partagés — mais parce que laisser passer une décision aussi grave sans recours aurait constitué un précédent dangereux. Quand une institution rend un verdict sans en publier les motifs, quand elle renverse un résultat deux mois après les faits, quand elle contredit son propre arbitre : elle a le devoir d'être jugée par une instance indépendante. C'est le sens même du droit sportif international.
Ce qui est certain : Le TAS a la dossier. Une formation arbitrale va être constituée. La procédure est lancée.
Ce qu'on ne sait pas : La durée de la procédure. Si le TAS accordera des mesures provisionnelles (suspension de l'exécution de la décision CAF en attendant le verdict). La date de l'audience.
Ce qui ne changera pas avant le verdict : Le Maroc reste officiellement champion d'Afrique 2025 dans les registres de la CAF. La FIFA a déjà mis à jour son classement mondial en conséquence.
Ce que j'observe avec inquiétude, c'est la lenteur potentielle de la procédure. Le Mondial 2026 commence le 11 juin aux États-Unis. Si le TAS rend sa décision après le Mondial — ou pendant — les répercussions sur l'état de grâce des deux équipes et leur préparation mentale peuvent être significatives. Le Sénégal joue le groupe F avec l'Uruguay, l'Allemagne et la Colombie. Le Maroc affronte l'Équateur, la France et le Canada. Deux nations africaines qui devraient briller sur la scène mondiale — et qui vont le faire avec cette épée de Damoclès au-dessus de leurs têtes. Ce n'est bon ni pour l'un, ni pour l'autre, ni pour le football africain.
La vraie victoire, au fond, serait que le TAS statue vite, clairement, et avec des motivations publiques et détaillées — pour créer enfin une jurisprudence solide qui empêchera ce type de situation de se reproduire. Parce qu'une chose est sûre : si cette affaire ne laisse aucun héritage juridique clair, elle aura servi à rien sauf à diviser un continent.
Rendez-vous à Lausanne. 🏛️