CAN 2025 – Quart de finale : Côte d’Ivoire – Égypte (2–3) : Quand les limites tactiques des Éléphants refont surface

Rédigé par Guy Martial le Lundi 12 Janvier 2026 à 16:39 | Lu 28 fois


Éliminée en quart de finale de la CAN 2025 par une Égypte tactiquement supérieure (3–2), la Côte d’Ivoire quitte la compétition avec plus de questions que de certitudes. Au-delà du scénario du match, cette défaite révèle des fragilités structurelles, des choix discutables et l’urgence d’une évolution tactique si les Éléphants veulent exister durablement au plus haut niveau international.


Fae Emerse, Sélectionneur des Eléphants de Côte d'Ivoire




Par Guy Martial,  envoyé spécial au Maroc – Abidjan4all.net & Télé4all

Le quart de finale entre la Côte d’Ivoire et l’Égypte restera comme l’un des matches les plus riches en enseignements de cette CAN 2025. Au-delà du score spectaculaire (3–2 en faveur des Pharaons), cette rencontre a surtout mis en lumière les failles structurelles et tactiques d’une sélection ivoirienne pourtant ambitieuse, mais incapable de s’adapter face à une équipe égyptienne parfaitement organisée et expérimentée.

Sur le plan émotionnel, les Éléphants ont livré un combat honorable. Sur le plan stratégique, en revanche, ce match expose clairement un échec tactique, lourd de conséquences.

Une bataille du milieu perdue d’entrée
L’un des points clés du match réside dans la gestion du milieu de terrain. L’Égypte, organisée en 3-5-2, a volontairement saturé l’axe du jeu, créant un surnombre constant dans cette zone névralgique. Résultat : la Côte d’Ivoire n’a jamais véritablement maîtrisé le tempo.
La stratégie de Faé, fidèle à son 4-3-3 classique, s’est rapidement heurtée à un mur. Depuis plusieurs matches déjà, les observateurs relèvent ce défaut récurrent : Faé accepte de perdre la bataille du milieu en espérant créer des décalages sur les ailes. Une option qui peut fonctionner contre des équipes limitées, mais qui devient suicidaire face à un adversaire discipliné, organisé et tactiquement mûr comme l’Égypte.
Une fois les couloirs bloqués — et ils l’ont été avec trois ou quatre Égyptiens autour de chaque porteur de balle — la Côte d’Ivoire s’est retrouvée sans plan B.

Des joueurs en difficulté physique et mentale
À ces limites tactiques se sont ajoutées des insuffisances individuelles préoccupantes. Plusieurs cadres étaient loin de leur meilleur niveau. Franck Kessié, notamment, est apparu en difficulté, lourd physiquement et confus dans son positionnement : ni véritable sentinelle, ni relayeur, ni meneur de jeu.
L’absence d’un vrai numéro 9 depuis celle de Sébastien Haller a également pesé. Sans attaquant de fixation capable de peser sur la défense adverse, les Éléphants ont manqué de profondeur et de solutions dans la surface.
Le jeune Inao Christ, courageux mais encore trop inexpérimenté, n’a pas réussi à compenser l’absence d’un véritable patron du milieu.

Un coaching rigide, sans réaction
L’autre fait marquant de la soirée concerne la gestion du banc. Les remplacements sont intervenus tardivement, sans impact réel sur le jeu. Faé est resté prisonnier de son schéma. Pourtant, les options existaient : passer en 4-4-2, densifier l’axe, renforcer la récupération avec deux milieux défensifs, ou encore stabiliser l’équipe en 4-5-1.
À l’inverse, l’Égypte a su faire évoluer son plan en cours de match, conservant la maîtrise territoriale et émotionnelle de la rencontre.

Le dossier du gardien : une urgence
Autre sujet de préoccupation majeur : le poste de gardien de but. Sur plusieurs buts encaissés durant la compétition, y compris lors de ce quart de finale, le portier ivoirien a montré des limites flagrantes en termes d’engagement, de lecture du jeu et de leadership. La comparaison avec le gardien malien, héroïque malgré les erreurs de sa défense, est cruelle mais révélatrice.
La mise en concurrence des gardiens s’impose désormais comme une nécessité.

Vers une nouvelle génération ?
Cette élimination doit servir d’électrochoc. La Côte d’Ivoire dispose d’un vivier prometteur, avec de nombreux jeunes talents évoluant dans les championnats européens :
Mohamed Diomandé (Rangers), Maho Dorgeles (Braga), Malick Yalcouyé (Swansea), Bénie Traoré (Bâle), Yann Gboho (Toulouse), Ismaël Doukouré (Strasbourg), Amani Lazare (Kifisia), Guiagon Parfait (Charleroi), Hamed Traoré (OM), Kader Keïta (CFR Cluj), sans oublier Simon Adingra, en pleine renaissance, et Nicolas Pépé, toujours décisif.

Faé devra désormais faire des choix courageux, ouvrir la porte à cette nouvelle génération et surtout élever son niveau de lecture tactique.

Une alerte avant les échéances mondiales
Cette CAN 2025 aura montré une vérité simple : le talent seul ne suffit plus. Le football moderne se gagne dans les détails, l’adaptation, l’anticipation et la rigueur tactique. À l’approche de la Coupe du monde, la Côte d’Ivoire n’a plus le droit de naviguer à vue.
Ce quart de finale perdu n’est pas une tragédie. Mais il est un avertissement. Et cette fois, il serait dangereux de l’ignorer.


Dans la même rubrique :