Côte d'Ivoire / «Élysée le Snieper» arrêté à Abidjan : quand de vieilles vidéos TikTok rattrapent un influenceur camerounais au pire moment

Rédigé par Junior Gnapié le Mardi 23 Juin 2026 à 23:50 | Lu 34 fois


Venu à Abidjan pour une campagne de soutien au Mondial 2026, l'influenceur camerounais Elysée T.N., connu sous le pseudonyme « Élysée le Snieper », a été interpellé dans la nuit du 21 au 22 juin 2026 après la résurgence de vidéos datant de 2021 dans lesquelles il traitait la Côte d'Ivoire de « pays de merde ». Une affaire qui enflamme les réseaux sociaux et pose des questions fondamentales sur la liberté d'expression numérique et la responsabilité des créateurs de contenu.


Réseaux sociaux et responsabilité numérique — l'affaire «Élysée le Snieper» relance le débat sur les frontières de la liberté d'expression en ligne et la responsabilité des influenceurs africains.





Il était venu pour soutenir l'Afrique, et il se retrouve entre les mains de la justice ivoirienne. Le destin d'Elysée T.N., dit « Élysée le Snieper », influenceur camerounais suivi par des centaines de milliers d'abonnés sur TikTok et Facebook, a basculé dans la nuit du dimanche au lundi 22 juin 2026 à Abidjan. Son arrestation, opérée par les services de sécurité ivoiriens après une vague d'indignation en ligne, est devenue l'un des faits divers les plus commentés de la semaine sur les réseaux sociaux africains. Et elle pose des questions auxquelles personne n'a encore vraiment répondu.
Ironie du sort, l'influenceur ne se trouvait pas en Côte d'Ivoire pour des raisons polémiques. Selon plusieurs informations relayées en ligne, il participait à une campagne baptisée « L'Afrique supporte l'Afrique », liée à l'engouement autour de la Coupe du monde 2026. Son séjour s'est toutefois transformé en affaire judiciaire après la circulation massive des anciennes vidéos.

Arrestation
Nuit du 21 au 22 juin 2026 · Abidjan
Motif
Propos jugés offensants envers la Côte d'Ivoire
Vidéo incriminée
Datant de 2021 — remise en circulation en juin 2026
Campagne de présence
« L'Afrique supporte l'Afrique » · Grand-Bassam
Situation judiciaire
Sous main de justice · Aucune date d'audience annoncée
Des propos de 2021, ressurgis au pire moment
L'influenceur est notamment critiqué pour une vidéo devenue virale dans laquelle il qualifiait la Côte d'Ivoire de « pays de merde », « dirigé par la France » avec un « président de merde », « nul », « néocolonial », « contre l'Afrique ». Des propos violents, sans ambiguïté — mais dont l'auteur affirme qu'ils ont été produits dans un contexte très précis.
À propos de la publication virale, il explique qu'il s'agit d'une ancienne vidéo : « Il y a une vidéo qui est ressortie et qui circule. Elle date de 2021, au plus fort du clash entre les Ivoiriens et les Camerounais. Je répondais à un commentaire d'un Ivoirien qui avait traité le Cameroun de ''pays de merde'', ''poussière land'' et avait même qualifié le président Biya de ''président momie'' ».
« Les cadavres dans son placard allaient se réveiller. »
— Afrique sur 7 · Résumant l'affaire Élysée le Snieper, 22 juin 2026
La provocation supplémentaire : le drapeau allemand sur le pont ADO
La résurgence des vidéos de 2021 aurait peut-être pu être gérée par des excuses sincères et convaincantes. Elle l'a été, au moins verbalement : l'influenceur a publié une vidéo de rétractation avant son arrestation. Mais au-delà du contenu des vidéos, Elysée le Snieper s'était également attaqué à l'équipe nationale ivoirienne. À l'approche du match de phase de groupes opposant la Côte d'Ivoire à l'Allemagne, remporté 2-1 par les Allemands le 20 juin à Toronto, il s'était affiché avec un drapeau allemand pour narguer les supporters ivoiriens.
Ce geste, filmé depuis le pont Alassane Ouattara — symbole emblématique d'Abidjan — a été perçu comme une provocation délibérée, ajoutant de l'huile sur un feu déjà ardent. Pour de nombreux internautes ivoiriens, les excuses tardives ne suffisaient plus à effacer l'accumulation des gestes et propos jugés offensants.
⚖️ Les questions juridiques que pose cette affaire
Peut-on poursuivre en 2026 des propos tenus en 2021 ? — La question de la prescription pénale est centrale.
La territorialité : les vidéos ont été publiées depuis le Cameroun. La loi ivoirienne est-elle applicable à des contenus produits à l'étranger ?
La nature de l'infraction : « offense à la nation » ? « Atteinte au chef de l'État » ? Les qualifications pénales exactes n'ont pas encore été précisées par les autorités judiciaires.
Les excuses comme circonstance atténuante : l'influenceur a publié une vidéo de repentance avant son arrestation. Le droit ivoirien en tient-il compte ?
Source : Analyse juridique, Pulse Côte d'Ivoire · 22 juin 2026
L'affaire divise. Certains internautes réclament l'expulsion. D'autres, en Côte d'Ivoire comme au Cameroun, s'interrogent : arrêter un influenceur pour des propos tenus cinq ans plus tôt, dans le feu d'un « clash » internaute, envoie-t-il le bon signal sur la liberté d'expression numérique dans un pays qui se veut démocratie ? La réponse de la justice ivoirienne, attendue dans les prochains jours, pèsera au-delà du cas personnel d'un TikTokeur. Elle dira quelque chose sur les règles du jeu numérique sur le continent africain — règles que personne n'a encore vraiment codifiées.
JG
Junior Gnapié — Rédaction Abidjan4All.netJournaliste
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