Il est 9h15 ce mercredi matin quand la cérémonie d'ouverture de VivaTech 2026 démarre sur la scène du Theater, le nouvel écrin du salon dans le Hall 7 de Paris Expo Porte de Versailles. Bernard Arnault et Maurice Lévy, l'un des fondateurs historiques de l'événement, ouvrent le bal d'une dixième édition résolument placée sous le signe de l'intelligence artificielle, avec pour mot d'ordre : « Impact, Not Illusion ». À quelques centaines de mètres de là, dans la zone Africa Tech, une autre histoire commence à s'écrire — celle d'une délégation ivoirienne venue, elle aussi, démontrer que l'innovation n'a pas de frontières.
Une présence ivoirienne renforcée, an après an

Cette année, la Côte d'Ivoire ne joue pas les figurants. Le pays présente sa délégation la plus nombreuse depuis le début de sa participation à VivaTech : vingt startups et dix PME, soit trente entreprises au total, contre seulement douze startups lors de la précédente édition. Une progression que le ministre de la Transition Numérique et de l'Innovation Technologique, Djibril Ouattara, revendique comme la preuve du « dynamisme du secteur de l'innovation technologique et du numérique en Côte d'Ivoire ».

Les entreprises ivoiriennes sélectionnées couvrent un éventail impressionnant de secteurs : fintech, agritech, santé, éducation, intelligence artificielle, transformation locale, solutions climatiques, logistique, industries créatives et services aux entreprises. Parmi elles, DiscutAI, spécialisée dans l'intelligence artificielle conversationnelle, développe des assistants virtuels capables d'interagir avec les clients sur WhatsApp, Messenger, Instagram ou les sites web — une solution pensée pour automatiser le service client, les ventes et la prise de rendez-vous. Daba Finance, entreprise fintech dirigée par Boum III Junior, fait également partie du voyage. « Cet évènement va nous apporter de la visibilité, plus de clients et plus de contacts », confiait-il avant le départ, conscient aussi de « la responsabilité qui incombe aux entreprises sélectionnées dans la promotion de l'image de la Côte d'Ivoire ».
Le ministre Ouattara en première ligne

Sur place ce mercredi, le ministre Djibril Ouattara a multiplié les prises de parole pour défendre la vision portée par le gouvernement ivoirien. « Nous nous rendons à cette rencontre qui façonne l'économie numérique avec des entreprises naissantes et d'autres plus matures », a-t-il déclaré, rappelant que VivaTech demeure, à ses yeux, « le lieu idéal pour promouvoir l'innovation et faire évoluer la technologie ».

« La transformation numérique ne se décrète pas, elle se construit, projet après projet, partenariat après partenariat. VivaTech sera pour nous, cette année, un moment de visibilité et d'accélération supplémentaire. » — Djibril Ouattara, ministre de la Transition Numérique et de l'Innovation Technologique

Le ministre est accompagné de son collègue Mamadou Touré, ministre de la Promotion de la Jeunesse, de l'Insertion professionnelle et du Service civique, dont le portefeuille illustre la dimension sociale assignée à cette aventure parisienne. Pour Mamadou Touré, l'innovation ivoirienne « n'est pas abstraite » : elle est, selon ses mots, « utile aux entreprises comme aux administrations » et constitue un puissant levier d'insertion professionnelle pour la jeunesse du pays.
Deux accords stratégiques en perspective

Au-delà de la simple vitrine, la délégation ivoirienne entend bien profiter de son passage à Paris pour structurer des partenariats de long terme. Deux conventions d'envergure doivent être signées durant le salon. La première concerne Mistral AI, entreprise française devenue l'un des champions européens de l'intelligence artificielle, avec laquelle la Côte d'Ivoire ambitionne de développer des solutions d'IA adaptées aux réalités locales — une étape présentée comme la pose des premières fondations d'une intelligence artificielle véritablement nationale.

La seconde convention sera paraphée avec Aivancity, grande école française spécialisée dans l'intelligence artificielle et la data science. L'objectif affiché : former des talents ivoiriens aux métiers du futur, renforcer les capacités de recherche appliquée locales et organiser un transfert durable de compétences vers Abidjan. Ces partenariats s'inscrivent dans une stratégie nationale articulée autour de sept piliers — innovation, intelligence artificielle, cybersécurité, compétences numériques, connectivité et commerce électronique notamment — et viennent compléter des dispositifs déjà en cours, comme le programme « Next 15 » d'accompagnement des PME technologiques ou la GovTech Innovation Factory dédiée à l'innovation dans les services publics.
Une compétition continentale qui s'intensifie

La présence ivoirienne ne se déploie pas dans le vide. Cette édition 2026 voit la zone Africa Tech accueillir de nouveaux pavillons nationaux, aux côtés du Maroc et du Gabon. La concurrence entre hubs technologiques africains — Nigeria, Kenya, Égypte, Sénégal, Maroc, Tunisie — s'intensifie sensiblement, chacun cherchant à capter l'attention des quelque 4 000 investisseurs internationaux annoncés cette année. Le très convoité AfricaTech Award, qui récompense les meilleures jeunes pousses du continent, a reçu plus de 260 candidatures venues de 34 pays africains pour cette édition, en hausse de 13 % par rapport à 2025 — preuve que la bataille pour la reconnaissance internationale se joue désormais sur un terrain résolument concurrentiel.

Dans ce contexte, le pari ivoirien est clair : ne plus se contenter d'être une "vitrine prometteuse" mais devenir une véritable "plateforme africaine de l'innovation", pour reprendre les mots employés par les autorités à l'occasion du lancement officiel de cette participation, début juin à Abidjan-Plateau. L'ambition est élevée. Mais la trajectoire — passage de douze à vingt startups en un an, multiplication des accords internationaux, implication simultanée de plusieurs ministères — donne des gages de sérieux à une stratégie qui se veut désormais inscrite dans la durée plutôt que dans l'effet d'annonce.
Un écosystème mondial démesuré

Il faut rappeler l'échelle dans laquelle s'insère cette participation ivoirienne. Pour son dixième anniversaire, VivaTech a changé de dimension : le salon occupe désormais le Hall 7 de la Porte de Versailles, le plus vaste de tout le site, réparti sur trois étages, avec une surface d'exposition en hausse de 30 % par rapport à l'an dernier. Plus de 180 000 visiteurs et 15 000 startups sont attendus sur quatre jours, aux côtés de 4 000 investisseurs internationaux et 450 intervenants. Jeff Bezos, en duo avec David Limp de Blue Origin, a ouvert le bal des grandes têtes d'affiche dès ce mercredi matin sur la scène principale, avant Bernard Arnault, Rodolphe Saadé ou Yann LeCun. Emmanuel Macron et le Premier ministre indien Narendra Modi sont, eux, attendus jeudi pour une session consacrée à la souveraineté numérique — l'Inde étant cette année le partenaire officiel IA du salon, tandis que l'Allemagne est mise à l'honneur comme « Country of the Year ».

C'est dans cette arène mondiale, où se concentrent les plus grandes fortunes et les plus grandes ambitions technologiques de la planète, que la délégation ivoirienne entend faire entendre sa voix. Un pari à la fois modeste à l'échelle du salon et considérable pour l'écosystème national : chaque rencontre, chaque carte de visite échangée, chaque démonstration convaincante au stand ivoirien peut potentiellement se traduire, dans les mois à venir, par un investissement, un partenariat ou une opportunité de croissance pour de jeunes entreprises souvent nées avec des moyens limités. Rendez-vous vendredi pour les conclusions de ce séjour parisien, et la signature effective des deux accords annoncés.