La Compagnie ivoirienne d'électricité
Il y a quelque chose d'absurde, presque de kafkaïen, dans la situation que vivent actuellement des millions d'Abidjanais. La Côte d'Ivoire, pays qui exporte de l'électricité vers le Ghana, le Burkina Faso, le Mali, le Liberia et la Guinée, est le même pays où les habitants de Cocody, d'Angré, d'Abobo ou de Yopougon se retrouvent régulièrement plongés dans le noir pendant plusieurs heures. Un paradoxe qui alimente la grogne populaire, enflamme les réseaux sociaux et pousse désormais le gouvernement à sortir la carte d'urgence.
Le 23 mars dernier, le directeur général de CI-Énergies, Noumory Sidibé, a annoncé sur le plateau de NCI le lancement d'un plan d'investissement massif de 700 milliards de francs CFA. Ce programme d'urgence vise à stabiliser un réseau électrique mis à rude épreuve par une croissance de la consommation que les infrastructures actuelles ne peuvent tout simplement plus absorber.
« Nous vivons une crise de croissance de la consommation que les équipements actuels ne peuvent plus supporter. Les zones en extension dans le district d'Abidjan ont fait exploser la demande. »
— Source à la direction de la Compagnie Ivoirienne d'Électricité (CIE)
Pour comprendre la crise, il faut d'abord saluer le succès qui l'a engendrée. En quinze ans de politique d'électrification massive, la Côte d'Ivoire a installé près de 1 881 MW additionnels, multiplié par cinq son nombre d'abonnés — passant de 1,1 million à 5,3 millions — et raccordé 6 600 localités supplémentaires. Le taux d'électrification national a bondi de 34 % à 98 %. Sur le papier, c'est une performance remarquable pour un pays en développement.
Mais voilà le hic : si l'on a massivement investi dans la production et dans les raccordements, le réseau de distribution, lui, a été le parent pauvre des investissements. Les transformateurs vieillissent, les postes sources sont saturés, et la demande explose. Rien que sur le mois de février 2026, la consommation a bondi de 14 %, soit un surplus de 300 mégawatts, principalement provoqué par des chaleurs extrêmes qui ont poussé les ménages et les industries à solliciter davantage leurs climatiseurs et leurs équipements. L'incendie de Djibi, symptôme d'un mal profond
Mais voilà le hic : si l'on a massivement investi dans la production et dans les raccordements, le réseau de distribution, lui, a été le parent pauvre des investissements. Les transformateurs vieillissent, les postes sources sont saturés, et la demande explose. Rien que sur le mois de février 2026, la consommation a bondi de 14 %, soit un surplus de 300 mégawatts, principalement provoqué par des chaleurs extrêmes qui ont poussé les ménages et les industries à solliciter davantage leurs climatiseurs et leurs équipements.
700 MdsFCFA mobilisés en urgence
14 %Hausse conso. fév. 2026
500 000Nouveaux abonnés/an
18 hCoupure moy./an (2025)
Dans la nuit du 22 mars 2026, un incendie s'est déclaré au poste source de la Djibi, perturbant l'alimentation électrique de plusieurs communes de Cocody — Angré, Djrogobité, Riviera, Bingerville. Si les pompiers ont maîtrisé le feu en quelques heures, l'incident a illustré crûment la fragilité d'infrastructures jamais vraiment renouvelées. « Ces incidents ne sont pas des accidents isolés, expliquent des experts du secteur. Ils sont le symptôme d'un réseau qui n'a pas suivi le rythme de la demande, ni celui des investissements en amont. »
Les industriels ivoiriens, qui subissent de plein fouet ces coupures intempestives — production à l'arrêt, denrées périssables perdues, machines endommagées — ont d'ailleurs saisi le ministre en charge de l'énergie pour alerter sur les pertes économiques subies. Dans un pays où six zones industrielles sont concentrées à Abidjan, chaque heure de délestage a un coût réel et immédiat.
Un plan qui arrive-t-il trop tard ? Les industriels ivoiriens, qui subissent de plein fouet ces coupures intempestives — production à l'arrêt, denrées périssables perdues, machines endommagées — ont d'ailleurs saisi le ministre en charge de l'énergie pour alerter sur les pertes économiques subies. Dans un pays où six zones industrielles sont concentrées à Abidjan, chaque heure de délestage a un coût réel et immédiat.
Le gouvernement a finalement reconnu officiellement le problème : les délestages ne viennent pas d'un déficit de production mais de la vétusté du réseau de distribution. Un plan de renouvellement des équipements est donc désormais sur les rails, avec des travaux d'envergure prévus dès le mois d'avril à Abidjan et dans plusieurs villes de l'intérieur. À plus long terme, les autorités tablent sur une mobilisation de 15 milliards d'euros d'investissements dans la production, le transport et la distribution d'ici 2040.
Des voix critiques dans l'espace public soulignent cependant que plusieurs programmes similaires ont été annoncés par le passé — en 2014, 2017, 2018, 2021 — sans que les problèmes récurrents de délestage ne soient résolus durablement. La crédibilité de ce nouveau plan d'urgence se mesurera donc, dans les semaines et les mois à venir, à l'aune des résultats concrets sur le terrain.
Pour l'heure, la priorité du gouvernement reste double : d'abord communiquer davantage — des calendriers de délestage par zone, diffusés en temps réel par SMS et par les médias, permettraient aux ménages et aux entreprises de mieux s'organiser. Ensuite, agir vite sur les équipements les plus critiques. Car si la Côte d'Ivoire peut légitimement se féliciter d'être une puissance électrique régionale, la priorité absolue, comme le martèle le DG de CI-Énergies lui-même, reste la satisfaction de la demande nationale. Le peuple ivoirien, lui, n'a pas besoin de grandes déclarations : il veut que son courant ne coupe plus.
Ange Pascal
Des voix critiques dans l'espace public soulignent cependant que plusieurs programmes similaires ont été annoncés par le passé — en 2014, 2017, 2018, 2021 — sans que les problèmes récurrents de délestage ne soient résolus durablement. La crédibilité de ce nouveau plan d'urgence se mesurera donc, dans les semaines et les mois à venir, à l'aune des résultats concrets sur le terrain.
Pour l'heure, la priorité du gouvernement reste double : d'abord communiquer davantage — des calendriers de délestage par zone, diffusés en temps réel par SMS et par les médias, permettraient aux ménages et aux entreprises de mieux s'organiser. Ensuite, agir vite sur les équipements les plus critiques. Car si la Côte d'Ivoire peut légitimement se féliciter d'être une puissance électrique régionale, la priorité absolue, comme le martèle le DG de CI-Énergies lui-même, reste la satisfaction de la demande nationale. Le peuple ivoirien, lui, n'a pas besoin de grandes déclarations : il veut que son courant ne coupe plus.
Ange Pascal