Sous les verrières du Paris Expo Porte de Versailles, l'effervescence ne faiblit pas. Pour cette dixième édition de Viva Technology, qui s'étend du 17 au 20 juin 2026, le pavillon ivoirien continue d'attirer son lot de visiteurs, d'investisseurs et de curieux venus découvrir ce que la « Team Côte d'Ivoire » a dans ses cartons. Ce vendredi 19 juin, troisième journée du salon pour la délégation conduite par le ministre de la Transition numérique et de l'Innovation technologique, Djibril Ouattara, l'ambiance reste résolument tournée vers l'avenir : intelligence artificielle, fintech, agritech, et surtout, la concrétisation d'un engagement pris la veille.
Car la journée du jeudi 18 juin restera dans les annales de la diplomatie numérique ivoirienne. C'est ce jour-là que les deux accords stratégiques annoncés depuis Abidjan début juin ont été officiellement signés sur le sol parisien : un partenariat avec Mistral AI, le champion européen de l'intelligence artificielle générative, et une convention avec Aivancity, grande école française spécialisée dans l'IA et la data science. Deux signatures qui donnent une consistance concrète aux ambitions affichées depuis des semaines par le gouvernement ivoirien.
Le choix de ces deux partenaires n'a rien d'anodin. Mistral AI s'est imposée en quelques années comme le fleuron européen de l'intelligence artificielle générative, l'un des rares acteurs du continent capable de rivaliser face aux géants américains et chinois du secteur. En s'associant à cette entreprise, la Côte d'Ivoire affiche une ambition claire : ne pas se contenter d'importer des outils d'IA conçus ailleurs, mais participer à la conception de solutions adaptées aux réalités africaines — langues locales, usages spécifiques, contraintes d'infrastructure.
Le second accord, avec Aivancity, répond à un enjeu tout aussi déterminant : celui des compétences. Cette grande école française, spécialisée dans la formation aux métiers de l'intelligence artificielle et de la data science, doit permettre de former des talents ivoiriens, de renforcer les capacités de recherche appliquée localement, et d'organiser un transfert de compétences vers la Côte d'Ivoire plutôt qu'un exode définitif des cerveaux formés à l'étranger.
« La transformation numérique ne se décrète pas, elle se construit, projet après projet, partenariat après partenariat. »
Pour le ministre Djibril Ouattara, ces deux conventions traduisent « la crédibilité acquise par le pays » ainsi que la volonté de la Côte d'Ivoire de ne pas se limiter à la consommation des technologies développées ailleurs, mais d'en devenir un acteur à part entière. Une ambition qui s'inscrit dans une feuille de route nationale construite autour de sept piliers — innovation, intelligence artificielle, cybersécurité, compétences numériques, connectivité et commerce électronique notamment — et dans la Vision 2030 du gouvernement, qui fait du numérique l'un des leviers majeurs de création d'emplois et de croissance économique.
Une double présence ministérielle qui dit la transversalité de l'enjeu numérique
Aux côtés de Djibril Ouattara, le ministre de la Promotion de la Jeunesse, de l'Insertion professionnelle et du Service civique, Mamadou Touré, occupe une place tout aussi visible dans cette offensive parisienne. Cette double présence gouvernementale n'est pas le fruit du hasard protocolaire : elle traduit la manière dont Abidjan articule désormais sa stratégie numérique avec sa politique de jeunesse et d'emploi. L'innovation technologique n'est pas pensée comme un sujet technique isolé, mais comme un levier direct d'employabilité pour une jeunesse ivoirienne en quête d'opportunités.
« On emmène l'intelligence ivoirienne. Ces jeunes sont la vitrine de ce que la Côte d'Ivoire sait faire », avait résumé Mamadou Touré avant le départ de la délégation. Une formule qui résume bien l'esprit de cette participation : il ne s'agit pas seulement de signer des accords entre gouvernements et multinationales, mais de donner une scène internationale à des entrepreneurs ivoiriens qui, sans ce type de coup de pouce institutionnel, n'auraient probablement jamais eu l'occasion de pitcher devant des investisseurs venus du monde entier.
30 entreprises : 20 startups + 10 PME technologiques
Secteurs représentés : fintech, agritech, edtech, santé numérique, solutions climatiques, logistique, industries créatives, services aux entreprises
Délégation officielle : Djibril Ouattara (Transition numérique) et Mamadou Touré (Promotion de la Jeunesse)
Institutions associées : Agence Côte d'Ivoire PME, CEPICI, CGECI (via sa Commission Économie numérique, la CENED, conduite par Nènè Fofana)
4e participation consécutive de la Côte d'Ivoire à VivaTech
Sur le pavillon ivoirien, ce sont les entrepreneurs eux-mêmes qui occupent le devant de la scène ce vendredi. Parmi les startups qui font le déplacement, DiscutAI illustre bien le profil de cette nouvelle génération d'entreprises technologiques ivoiriennes. Spécialisée dans l'intelligence artificielle conversationnelle, elle développe des assistants virtuels capables d'interagir avec les clients sur WhatsApp, Messenger, Instagram ou des sites web — automatisant le service client, les ventes, la prise de rendez-vous et la gestion des prospects. À Paris, l'entreprise espère nouer des partenariats technologiques et attirer des investisseurs pour soutenir son développement vers l'Europe et l'Amérique latine.
Au-delà des pitchs et des rencontres B2B, la délégation ivoirienne profite de sa présence à VivaTech pour multiplier les rendez-vous de haut niveau. Des rencontres sont prévues avec plusieurs géants du secteur — Microsoft, Meta, Orange — ainsi qu'avec des fonds d'investissement internationaux, dans la perspective de financer le transfert de compétences et d'accélérer la croissance des entreprises ivoiriennes les plus prometteuses.
Le secteur privé en renfort : la CGECI mobilisée aux côtés des startups
La présence institutionnelle ne se limite pas aux deux ministères. La Commission Économie numérique et Entreprise digitale (CENED) de la Confédération Générale des Entreprises de Côte d'Ivoire (CGECI), mandatée par le président de la CGECI Ahmed Cissé et conduite par sa présidente Nènè Fofana, multiplie elle aussi les rencontres et initiatives sur place. Cette mobilisation conjointe du public et du privé illustre la volonté de bâtir un écosystème numérique cohérent, où les institutions facilitent l'accès aux marchés internationaux sans se substituer à l'initiative entrepreneuriale.
Demain, Thomas Pesquet clôturera les dix ans de VivaTech
Si la journée du 19 juin appartient aux discussions économiques et aux pitchs de startups, celle de samedi 20 juin s'annonce déjà comme un moment fort de cette édition anniversaire. VivaTech a confirmé la participation exceptionnelle de Thomas Pesquet, astronaute de l'Agence spatiale européenne, ingénieur et pilote, qui viendra clôturer les dix ans du salon en partageant sa vision de l'exploration spatiale, de l'innovation technologique et de l'avenir de l'humanité.
Samedi 20 juin 2026 — session dédiée à l'exploration spatiale et à l'innovation technologique
Deux missions à bord de l'ISS : Proxima (2016-2017) et Alpha (2021)
Plusieurs sorties extravéhiculaires et centaines d'expériences scientifiques menées en orbite
Une clôture symbolique pour la 10e édition d'un salon devenu, en une décennie, le plus grand rendez-vous tech d'Europe
Pour la délégation ivoirienne, dont la présence à VivaTech s'achève également ce week-end, cette clôture en forme de regard tourné vers l'espace résonne avec l'ambition affichée tout au long du salon : montrer qu'un pays africain peut, lui aussi, se projeter vers les technologies de rupture — intelligence artificielle, data science, innovation de pointe — sans se contenter du rôle de spectateur. Entre les accords signés avec Mistral AI et Aivancity, les pitchs des startups ivoiriennes et les rencontres avec les grands noms de la tech mondiale, la Côte d'Ivoire aura, en quatre jours, posé une pierre supplémentaire dans la construction de son ambition de hub technologique régional en Afrique de l'Ouest.
Dates : 17 – 20 juin 2026 · Paris Expo Porte de Versailles
Organisateurs : Les Échos et Publicis
Thématiques : intelligence artificielle, santé, cybersécurité, énergie, mobilité, industries créatives, souveraineté technologique
4e participation consécutive de la Côte d'Ivoire, avec un stand national de 130 m² environ