Hécatombe sur les routes ivoiriennes : 164 morts en un trimestre, le fléau silencieux qui endeuille le pays

Rédigé par Ange Pascal le Samedi 2 Mai 2026 à 12:36 | Lu 1 fois


Depuis le début de l'année 2026, les routes ivoiriennes ont coûté la vie à 164 personnes et fait près de 2 000 blessés — en seulement trois mois. Accidents de cars meurtriers sur les axes Gagnoa-Daloa, Yamoussoukro-Bouaké, San Pedro-Sassandra : la liste des drames est longue. Trop longue. Pendant qu'Abidjan discute de croissance économique et de megaprojets, un carnage silencieux se déroule chaque semaine sur les routes du pays.


Depuis le début de 2026, les accidents de la route ont fait 164 morts et près de 2 000 blessés en Côte d'Ivoire. Un bilan qui interpelle.


 

Il n'y a pas de bulletin d'alerte, pas de cellule de crise, pas de point de presse gouvernemental d'urgence. Et pourtant, chaque semaine, des familles ivoiriennes reçoivent la pire des nouvelles. Une collision sur l'autoroute du Nord. Un car qui quitte la chaussée dans la brousse. Un camion aux freins défaillants qui fauchent un minibus. Depuis janvier 2026, ce rituel meurtrier a déjà emporté 164 personnes et blessé 1 934 autres sur les routes ivoiriennes.
Un mort toutes les treize heures. Un blessé toutes les quarante minutes. Ce sont les chiffres bruts de l'insécurité routière en Côte d'Ivoire au premier trimestre 2026. Des chiffres qui ne font presque plus la une des journaux tellement ils sont devenus banals. C'est précisément ce que ce dossier veut dénoncer : la banalisation d'un fléau qui, à l'échelle d'un pays, équivaut à une catastrophe permanente.

Morts sur les routes (T1 2026)
164 personnes
Blessés (T1 2026)
1 934 personnes
Accidents recensés
519+
Fréquence
1 mort / 13 h · 1 blessé / 40 min
Le pire accident de 2026 : 19 morts sur l'axe San Pedro–Sassandra
Le dimanche 8 février 2026 reste le jour le plus noir de l'année sur les routes ivoiriennes. Sur l'axe San Pedro-Sassandra, une collision entre un camion de marchandises et un minicar de passagers a fauché 19 personnes d'un coup. Parmi les victimes, quatre membres d'une même famille. Les circonstances exactes restent floues. La violence du choc était telle que les secours ont dû travailler des heures pour extraire les corps et les survivants de la tôle froissée.
Quelques jours auparavant, le samedi 1er février, sur l'axe Madinani-Séguélon dans le nord du pays, un autre drame : un camion transportant illégalement des passagers s'est renversé. Au moins 14 morts. Ces gens n'auraient pas dû être dans ce camion. Ils y étaient parce qu'il n'y avait pas d'autre option sur cet axe, ou parce que la course était moins chère. L'insécurité routière ivoirienne, c'est aussi ça : la pauvreté des choix de mobilité qui pousse les populations à prendre des risques mortels.
🚨 Les accidents les plus meurtriers du T1 2026
1er février : Axe Madinani-Séguélon — camion transportant illégalement des passagers, au moins 14 morts
8 février : Axe San Pedro-Sassandra — collision camion/minicar, 19 morts dont 4 membres d'une même famille
3 avril : Autoroute du Nord PK 272, UTB — car sorti de chaussée, 1 mort, 22 cas graves, 23 blessés
18 avril : Axe Zoukougbeu-Daloa + Bongouanou — 3 morts dans deux accidents distincts le même jour
Les causes connues de tous, les solutions attendues depuis trop longtemps
Il n'y a aucun mystère dans les causes de cette hécatombe. Elles sont documentées depuis des décennies par les études, les rapports d'enquêtes, les bilans de l'Office National de la Protection Civile. La vitesse excessive, premier facteur. L'état dégradé de certaines routes nationales — ravins non protégés, absence de glissières, signalisation défaillante — deuxième facteur. L'état mécanique des véhicules de transport en commun, troisième facteur : des cars et camions en circulation depuis quinze ou vingt ans, aux freins usés, aux pneus lisses. Et enfin, la conduite en état de fatigue ou d'ébriété, qui transforme les trajets nocturnes en roulette russe.
La Côte d'Ivoire a lancé depuis février 2026 une opération « Tolérance Zéro » sur les routes, dont la Préfecture de Police d'Abidjan a présenté le bilan le 22 avril. Des résultats intermédiaires encourageants à Abidjan — mais les accidents les plus meurtriers se produisent hors de la capitale économique, sur les axes interurbains où le contrôle est plus difficile à exercer.
« 164 morts en trois mois. C'est l'équivalent d'un avion qui s'écrase chaque mois. Si c'était un avion, le pays entier serait en état d'urgence. »
— Analyse Rédaction Abidjan4All · bilan T1 2026
Que fait l'État ? Que faut-il faire de plus ?
Le gouvernement ivoirien n'est pas inactif. Le Programme d'investissement routier 2021-2025 a permis la réhabilitation de milliers de kilomètres de routes. L'autoroute du Nord et la voie express Abidjan-Grand-Bassam ont considérablement amélioré la sécurité sur les axes qu'elles concernent. Les opérations Épervier et Tolérance Zéro de la Police nationale visent à retirer de la route les chauffards et les véhicules non conformes. Des campagnes de sensibilisation sont menées dans les écoles et les communes.
Mais tout cela ne suffit pas encore. Ce qu'il faut, c'est une action structurelle sur trois fronts simultanés. D'abord, un contrôle technique obligatoire et effectivement appliqué pour tous les véhicules de transport en commun — pas seulement en théorie. Ensuite, un renforcement des pénalités contre les transporteurs qui surchargent ou qui font rouler des véhicules défaillants. Enfin, une politique claire de mobilité interurbaine qui offre des alternatives sûres aux populations qui n'ont aujourd'hui que le choix entre un car vieillissant et un camion de marchandises.
164 morts en un trimestre. 164 familles endeuillées. 164 histoires interrompues. Ce chiffre mérite autant d'attention que les indices boursiers, les taux de croissance et les inaugurations de grands chantiers. La Côte d'Ivoire qui se développe ne peut pas se permettre de sacrifier chaque semaine des dizaines des siens sur des routes qu'elle est capable d'améliorer.
AP
Ange Pascal — Rédaction Abidjan4All.netJournaliste · Société, Faits divers, Sécurité routière
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