La route a encore fait des morts ce week-end dans le Nord de la Côte d'Ivoire, plus précisément dans le département de Madinani. 14 personnes ont en effet péri de la façon la plus atroce dans cette hécatombe. L' imprudence du conducteur, sans doute obnubilé par le gain facile a eu raison des pauvres passagers qui croyaient tomber sur une occasion en or. En effet, selon des sources concordantes, nous sommes à Gouéya, une localité située à la frontière entre le Mali et la Côte d'Ivoire. Cette localité est réputée pour être une zone de passage clandestin, de trafic ou de contrebande où les transactions se font au mépris des règles élémentaires applicables. Dans cette sorte de no man's land, tout y passe ou presque: zone de passages clandestins entre le Mali et la Côte d'Ivoire, d'échanges commerciaux de cultures céréalières mais aussi de ventes de pièces détachées moins chères en provenance du pays d'Assimi Goïta. C'est dans cette localité que le 31 janvier un camion de marchandises de 40 tonnes environs fait son plein. À son bord, des sacs de mil, des pneus usagers, des moteurs d'engins et ce n'est pas tout. À ces marchandises dangereusement entreposées, il engouffre 69 personnes entre moteurs, pneus et sacs de mil. Une cohabitation certes incompatible mais qui semble faire l'affaire du conducteur Koné Souleymane ( 34 ans), vu que cela lui rapporte gros. La vie des passagers étant "entre la main d'Allah". Il démarre donc avec tout ce " cocktail " dans un vrombissement de moteur dont lui seul détient le secret. Destination, Séguéla. Jusque là, le voyage, malgré quelques secousses, se déroule bien. Mais parvenu à hauteur du village de Sokouraba, soit à 8 km seulement de Madinani, le voyage va prendre du trajectoire tragique. Toujours selon nos sources, le camion qui amorce une montée à la sortie de cette localité subit brutalement une panne au niveau du moteur qui ne répond plus. Pire, il se met à rétrograder dangereusement et les tentatives du conducteur de maîtriser le mastodonte sont vaines. Le camion devenu fou et sans contrôle glisse dans le décor tout en arrachant tous les arbustes sur son passage. Finalement, ce camion termine sa course dans un vacarme de crissements de moteurs et de cris humains, dans un grand ravin. Lorsque les villageois accourent sur les lieux, ce sont plusieurs corps déchiquetés et coincés entre les moteurs qu'ils découvrent. D'autres plus chanceux se plaignent de nombreuses fractures et autres traumatismes.
Les forces de l'ordre alertées arrivent promptement pour sauver les meubles. Sur place, 12 corps sont extraits des ferrailles ainsi qu'une trentaine de passagers grièvement blessés. Ils sont conduits au centre hospitalier régional d'Odienné. Malheureusement, 2 parmi les blessés vont alourdir la liste macabre, portant ainsi le nombre de décès à 14. Un bilan déjà trop lourd pour un camion dont dont la mission première n'est pas de transporter des passagers mais des marchandises. Tous ces corps ont été enlevés et conduits à la morgue quand des blessés luttent encore contre la mort. Une enquête a été ouverte pour faire toute la lumière sur cet accident tragique. Mais à la lumière, cet accident pose le problème du transport et surtout du trafic tant décrié dans les zones frontalières. Comment peut-on associer autant de passagers avec du matériel lourd de surcroît des moteurs de tracteurs dans un camion sans que cela ne suscite la moindre curiosité des forces de l'ordre pourtant postées aux zones de contrôle? Car à y voir de près, ce conducteur, tout comme plusieurs autres, n'est pas à son premier essai. Et cela ne peut être possible sans la complicité des agents de contrôle censés de les dissuader. Aujourd'hui ce sont des passagers mais demain, ce pourrait être des armes. C'est ce qui inquiéte plus d'un.
Norbert Nkaka