Paris/ UIAFFIF et BNI : 50 maisons livrées, 250 en chantier — la preuve que la diaspora peut bâtir

Rédigé par Junior Gnapié le Dimanche 5 Avril 2026 à 17:50 | Lu 66 fois


Réunis à l'espace CEDIAS du Musée Social, au 5 rue Las Cases à Paris, les membres de l'Union Interfédérale des Associations Féminines et des Femmes Ivoiriennes de France (UIAFFIF) ont vécu une réunion d'information dense et émouvante. Bilan de la première livraison, état d'avancement du chantier, nouveaux projets à à Bingerville et Mankono, cadre juridique et appel de la BNI : tout ce qu'il faut retenir de cette réunion historique.


UIAFFIF et BNI : 50 maisons livrées, 250 en chantier — la preuve que la diaspora peut bâtir

 
 

Il y a des réunions qui marquent. Celle organisée par l'UIAFFIF à l'espace CEDIAS du Musée Social, dans le paisible 7e arrondissement de Paris, était de celles-là. Autour d'une présidente visiblement émue mais déterminée, de cadres bancaires engagés et d'un juriste rigoureux, plusieurs dizaines de femmes de la diaspora ivoirienne ont découvert, images à l'appui, ce que leurs cotisations, leurs sacrifices et leur confiance collective ont produit de concret en Côte d'Ivoire : 50 maisons livrées, des clés remises, des familles installées. Et 250 autres en cours de construction.
La réunion d'information organisée par l'UIAFFIF — l'Union Interfédérale des Associations Féminines et des Femmes Ivoiriennes de France — était consacrée à deux objectifs précis : présenter la restitution officielle de la première tranche du programme de 300 logements à Bingerville (Côte d'Ivoire) et ouvrir la perspective des projets à venir. Pour l'occasion, la présidente Carole Sanni avait réuni autour d'elle une délégation de poids, venue spécialement pour témoigner de l'engagement institutionnel derrière cette aventure.

👥 Intervenants présents à la réunion
Carole SanniPrésidente — UIAFFIFFondatrice du programme, maître d'œuvre du projet depuis son lancement
Jérôme AhuaDGA — Banque Nationale d'Investissement (BNI)Représente le DG de la BNI, partenaire financier principal du programme
M. Coulibaly DaoudaDirecteur Immobilier — BNIEn charge du suivi opérationnel des chantiers et de la présentation des avancements
Maître Gallo Tabley RomaricJuriste — UIAFFIFGarant de la structure juridique du programme et du cadre légal des livraisons
Dr Élie NkamgueuPresident du Club EfficienceIntervenant invité, porteur d'une réflexion sur la diaspora et l'attachement au continent
Programme total
300 logements
1ère tranche livrée
50 maisons ✓
2ème tranche
50 maisons — livraison 15 avr.
3ème tranche
50 maisons — fondations en cours
Mensualité
339 € / mois
Durée crédit
15 ans (BNI)
Prix unitaire
25 millions FCFA
Première clé remise
Mme Dialla Souba — 15 jan. 2026
15 janvier 2026 : le jour où les clés ont changé de mains
La date du 15 janvier 2026 restera dans les annales de l'UIAFFIF. C'est ce jour-là que s'est tenue à Bingerville, en Côte d'Ivoire, la cérémonie officielle de remise des 50 premières maisons aux bénéficiaires. Une cérémonie sobre mais chargée de symboles, retransmise par la RTI et la NCI, deux chaînes nationales ivoiriennes, dont les capsules ont été projetées lors de la réunion parisienne.
La première bénéficiaire à recevoir ses clés, Mme Diarrassouba, est devenue ce soir-là le visage d'un projet que beaucoup avaient jugé impossible. La cérémonie s'est déroulée en présence de plusieurs personnalités de premier plan, dont Célestin Koala, directeur du logement de Côte d'Ivoire, du directeur adjoint de la BNI, et du représentant du ministère délégué auprès des affaires étrangères. Une présence institutionnelle qui légitime définitivement ce programme comme un modèle de co-construction entre diaspora et État ivoirien. 
« Grâce à votre engagement, votre sérieux, votre solidarité, vous avez pu concrétiser cette vision. Ce qui était impossible hier est devenu, aujourd'hui, une réalité avec 50 maisons livrées et 50 autres en chemin. »
— Jérôme Ahua, Directeur Général Adjoint de la BNI — Réunion CEDIAS, Paris

M. Jerôme AHUA, Directeur Général Adjoint de la BNI
Le chantier en images : ce que Maître Gallo Tabley Romaric a montré
Maître Gallo Tabley Romaric, Juriste — UIAFFIF, a pris le relais pour présenter en images et en détail l'état d'avancement du programme. Sa présentation, structurée autour de vidéos de chantier projetées à la salle, a couvert les trois tranches simultanément en cours.
La deuxième tranche de 50 logements est à un stade avancé. Toutes les maisons sont couvertes. Les équipes sont dans la phase de finition : carrelage, installation des fenêtres et des portes, crépissage. La livraison officielle est annoncée pour le 15 avril 2026. Un réseau d'alimentation en eau a été installé sur le chantier pour accélérer les travaux. La troisième tranche, elle aussi de 50 maisons, a déjà démarré. L'implantation des maisons est en cours et les fondations ont commencé à être creusées. Ce démarrage anticipé vise à respecter un objectif ambitieux : livrer l'ensemble de la cité de 300 logements d'ici le premier trimestre 2027.
Sur le plan des infrastructures, Maître Gallo Tabley Romaric a également présenté l'état du VRD — Voiries et Réseaux Divers. Les travaux de terrassement sont achevés, les grandes voies sont ouvertes. Plus de 100 mètres de conduits d'assainissement ont été posés. Les réseaux d'eau potable et d'évacuation des eaux usées sont en cours d'installation selon un plan en phases 4 et 5. Des caniveaux ont été implantés pour l'évacuation pluviale. En somme : une vraie cité, avec toutes ses artères et ses veines, pas un simple alignement de maisons. 
🏠 Ce que comprend chaque logement
Chaque maison livrée dans le cadre du programme comprend : un séjour avec salle à manger, une chambre principale autonome avec salle de bains, deux chambres supplémentaires, une douche et WC visiteur, et un garage. Superficie : sur terrain de 200 m² environ. Les équipements collectifs de la cité incluent des voiries internes, un réseau d'eau potable et électrique, des ménages publics, l'assainissement, des espaces verts, une école primaire, un centre communautaire et un centre commercial.
Maître Gallo Tabley Romaric : la rigueur juridique au service de la confiance
La présence du juriste de l'UIAFFIF, Maître Gallo Tabley Romaric, était un signal fort envoyé aux souscriptrices. Son intervention a permis de rappeler le cadre légal structuré dans lequel s'inscrit l'ensemble du programme. Le juriste a confirmé que le projet est organisé par tranches de souscription, avec un processus formel de réception — attesté par la cérémonie officielle du 15 janvier et la présence des autorités ivoiriennes — et que chaque livraison donne lieu à une remise symbolique de clés juridiquement valide.
Le juriste a aussi salué l'implication personnelle de la présidente Carole Sanni, dont il a rappelé la présence régulière sur les chantiers à Abidjan, une présence qui a, selon lui, directement contribué à la qualité des ouvrages et au respect des délais. « Son engagement est total. Son exigence pour le travail se perçoit dans la qualité des ouvrages réalisés sur le chantier », a-t-il souligné.
La BNI s'engage au-delà du crédit : un partenaire de vision
Le Directeur Général Adjoint de la BNI, Jérôme Ahua, n'est pas venu pour délivrer un simple discours de soutien protocolaire. Il est venu dire quelque chose de plus profond à ces femmes réunies à Paris : la Banque Nationale d'Investissement de Côte d'Ivoire croit en elles. Et elle le prouve par des actes.
Rappelant que le programme repose sur un crédit à 15 ans — une innovation bancaire significative au regard des habitudes du secteur — Jérôme Ahua a tenu à clarifier les obligations de remboursement avec une franchise appréciée. La banque a pris un risque collectif en accompagnant ce projet sans demander de fiches de paie, en acceptant des profils diasporiques dont la situation financière est domiciliée en Europe. Elle a besoin, en retour, que chaque bénéficiaire honore ses mensualités de 339 euros.
Au-delà du projet immobilier lui-même, le DGA a présenté l'écosystème de la BNI à disposition de la diaspora, et a surtout l'annoncé que la BNI travaille à ouvrir une représentation opérationnelle en France pour accompagner les diasporas au quotidien, sur place, sans gérer « à distance ». 
« La BNI, ce n'est pas que la banque. C'est votre banque. Et elle sera là, à vos côtés, tous les jours, pour vous accompagner dans vos projets d'ici et de là-bas. »
— Jérôme Ahua, DGA — Banque Nationale d'Investissement de Côte d'Ivoire

Dr Elie MKambueu, président du Club Efficience
La double peine de la diaspora : enfin des solutions
Le Dr Élie Nkamgueu, président du Club Efficience, a apporté une contribution analytique de haute facture qui a visiblement électrisé la salle. Partant du constat que la diaspora africaine vit une « double peine » — les banques européennes ne prêtent pas pour investir en Afrique, et les banques africaines ne pouvaient pas prêter à des résidents en Europe — il a annoncé une avancée institutionnelle majeure : depuis mars 2026, la BCEAO a modifié son règlement pour que tout compte ouvert par un membre de la diaspora dans la zone UEMOA soit désormais qualifié de compte résident et non plus de compte non-résident.
Ce changement réglementaire, qui peut sembler technique, est en réalité révolutionnaire. Il signifie que tout Ivoirien, Sénégalais, Burkinabè ou Béninois vivant en France peut désormais ouvrir un compte dans sa banque d'origine et bénéficier des mêmes droits et produits financiers que ses concitoyens restés au pays — y compris l'accès aux crédits immobiliers. Le projet de l'UIAFFIF s'inscrit précisément dans cette nouvelle réalité.
 
⚠️ Les 4 défis structurels nommés par le Dr Nkamgueu Le foncier — Comment obtenir un titre sécurisé ? La dématérialisation des cadastres reste un chantier prioritaire pour les États africains. Les promoteurs agréés — Comment identifier un constructeur fiable, accrédité, qui ira jusqu'au bout du projet ? L'absence de référentiels officiels reste un frein majeur. Le financement — La double peine du crédit : ni banque européenne ni banque africaine ne prêtait aux diasporas. Le nouveau statut BCEAO change partiellement la donne. Les garanties — Assurance crédit en cas de décès, garantie de bonne fin de chantier, garantie décennale : des mécanismes standards en Europe qui n'existent pas encore systématiquement pour les constructions africaines.
Les nouveaux projets : Bingerville et Mankono en vue
La réunion n'était pas seulement tournée vers le passé et les livraisons accomplies. Carole Sanni a également présenté deux nouveaux programmes immobiliers en développement, destinés à élargir l'offre de l'UIAFFIF au-delà de Bingerville. 
✓ Livré — 15 janvier 2026
Bingerville— 1ère tranche : 50 maisons
Cérémonie officielle en présence du directeur du logement, de la BNI et du ministère. Première bénéficiaire : Mme Diarrassouba. Diffusé sur RTI et NCI.
✓ En finition — Livraison 15 avril 2026
Bingerville— 2ème tranche : 50 maisons
Toutes couvertes. Phase carrelage, fenêtres, portes en cours. Réseau eau potable actif sur chantier.
En cours — Fondations
Bingerville— 3ème tranche : 50 maisons
Implantation commencée en parallèle pour tenir l'objectif de livraison totale T1 2027.
Terrain acquis — Lancement imminent
Mankono— 170 maisons (3 & 4 pièces + duplex)
3 pièces à 8 millions FCFA, 4 pièces à 20 millions. 20% d'apport requis, crédit BNI jusqu'à 7 ans. 4 duplex restants disponibles. Terrain payé en nature (10 maisons offertes à la communauté).
En négociation — Partenariat ministère Construction
Mankono— Programme mixte femmes & hommes
Projet piloté avec le soutien du ministre Bakongo. Voiries offertes par le ministère de la Construction. Ouvert à tous, pas uniquement aux ressortissants locaux.

Le message de la présidente : rigueur, solidarité, et « fonds de la femme ivoirienne »
Le message de la présidente : rigueur, solidarité, et « fonds de la femme ivoirienne »
Carole Sanni a conclu la soirée avec la verve et la franchise qui la caractérisent. Celle qui coordonne depuis des années des centaines de femmes aux profils et aux disponibilités très disparates n'a pas mâché ses mots : il faut que les membres viennent aux formations, paient leurs mensualités à date, respectent les membres du bureau bénévoles qui sacrifient leur temps de repos pour faire avancer le collectif.
Elle a également annoncé une idée nouvelle, présentée comme une réflexion collective en cours : la création d'un fonds de la diaspora — qu'elle nomme, avec une fierté assumée, le « fonds de la femme ivoirienne ». Le principe : une mise en commun progressive de l'épargne collective pour financer non seulement des projets immobiliers, mais aussi des besoins ponctuels comme les voyages, les crédits ou les projets entrepreneuriaux, en réduisant le recours aux crédits coûteux auprès d'établissements extérieurs à la communauté. Une tontine institutionnalisée, en quelque sorte, pensée pour le 21e siècle.
Le Club Efficience, présidé par le Dr Nkamgueu, a conclu sur une note d'une profondeur rare : si la première génération ne crée pas un lien patrimonial concret entre ses enfants et le continent africain — par l'immobilier, par l'investissement, par la propriété — la deuxième et la troisième génération finiront par se couper de leurs racines, exactement comme les Européens partis en Amérique après la Seconde Guerre mondiale ont progressivement perdu le lien avec leur pays d'origine. « Dans deux ou trois générations, ils seront des amis étrangers de l'Afrique. Ce qu'on construit aujourd'hui, c'est un ancrage. Pas pour nous. Pour nos enfants. » 
« Aucune nation ne s'est développée sans sa diaspora. Ce que nous faisons ici, c'est la preuve que nous pouvons. Et si ça marche, tout le monde va vouloir copier sur nous. »
— Dr Élie Nkamgueu, Club Efficience — Réunion CEDIAS, Paris
En sortant de cette salle du 7e arrondissement, on ne peut s'empêcher de penser que quelque chose d'important vient de se passer, sans déclaration fracassante ni caméra de grand média. Des femmes ordinaires, venues de la diaspora ivoirienne, ont décidé il y a quelques années de mettre 339 euros par mois de côté. Et au bout du chemin, il y a une maison à elles, avec un garage, une cuisine et un jardin, sur une terre qu'elles n'avaient jamais pu appeler la leur. C'est cela, l'immobilier de la diaspora. Pas un concept. Une clé.
JG
Junior GnapiéJournaliste — Abidjan4All.net
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