Ils étaient attendus pour un verdict. Ils sont repartis sans. Ce mercredi 15 avril 2026, Apoutchou National (de son vrai nom Stéphane Agbré) et Lionel PCS (A.L. à l'état civil) se sont présentés, serein selon les observateurs présents, devant le Pôle Pénal Économique et Financier (PPEF) d'Abidjan. Mais l'affaire, qui tient Abidjan en haleine depuis novembre 2024, a pris une tournure radicalement inattendue. Un rebondissement juridique de taille — la saisine du Conseil constitutionnel — a suspendu le cours du procès jusqu'au 19 mai prochain.
Aux origines de toute cette saga : une vidéo. Un live Facebook, en novembre 2024, au cours duquel Apoutchou National exhibait une quantité impressionnante de billets de banque — plusieurs dizaines de millions de francs CFA étalés ostensiblement devant sa communauté. La police économique s'en est saisie. L'enquête a remonté un réseau de paris sportifs sur des plateformes non agréées en Côte d'Ivoire. Et deux des plus grandes célébrités des réseaux sociaux ivoiriens se sont retrouvées à la barre, sous des chefs d'inculpation qui font froid dans le dos.
Apoutchou National, lui, est une institution du web ivoirien. Influenceur, chanteur, figure de la solidarité populaire — il avait notamment été nommé ambassadeur du COCAN lors de la CAN 2023-2024. Sa chute dans les filets de la justice économique a stupéfié son énorme fanbase. Selon la version qui a émergé au cours de l'instruction, l'argent exhibé dans le live Facebook aurait en partie servi à acheter un véhicule, et aurait été filmé au domicile de Lionel PCS. Les deux hommes contestent les qualifications retenues contre eux.
Fin 2024 : Mise en liberté provisoire avec interdiction de quitter le territoire.
10 février 2026 : Première audience au PPEF. Lionel PCS explique l'origine de ses fonds. Renvoi au 24 mars.
24 mars 2026 : Le parquet requiert 7 ans de prison ferme et 240 millions d'amende contre Apoutchou National et Lionel PCS.
15 avril 2026 : Nouvel élément juridique — référence à la réglementation BCEAO. La défense saisit le Conseil constitutionnel. Renvoi au 19 mai.
19 mai 2026 : Prochaine audience — suite de la procédure.
Me N'Dri Claver, qui dirige l'équipe de défense, a immédiatement saisi l'opportunité. Selon lui, l'application de cette règle aux éléments factuels du dossier soulève des questions d'interprétation qui dépassent la compétence du tribunal pénal et relèvent du Conseil constitutionnel. Il a donc demandé — et obtenu — un renvoi afin que la plus haute juridiction constitutionnelle se prononce sur la conformité des dispositions invoquées par le parquet au regard des normes supérieures.
— Correspondant judiciaire présent à l'audience · PPEF Abidjan, 15 avril 2026
La LONACI — dont les revenus dépendent d'un monopole légal sur les jeux d'argent en Côte d'Ivoire — réclame une réparation de un milliard de FCFA pour préjudice subi. L'État, partie civile, en demande deux milliards. Ces chiffres illustrent l'ampleur économique du phénomène : les paris sportifs informels, animés par des influenceurs sur les réseaux sociaux, représentent un flux financier considérable qui échappe totalement au contrôle de l'État et aux circuits bancaires officiels.
Apoutchou National et Lionel PCS sont, dans cette lecture, bien plus que deux prévenus. Ils sont le symbole d'une économie parallèle du numérique qui prospère dans les marges du cadre légal, et que la justice ivoirienne tente — avec toute la complexité que cela implique — de ramener dans le droit chemin. L'issue du procès, quel qu'elle soit, fera jurisprudence. Et le 19 mai, toute la Côte d'Ivoire sera encore une fois suspendue au verdict — ou au prochain rebondissement.