Religion / L’histoire méconnue du mystique, résistant déporté en France : Cheikh Hamallah

Rédigé par Junior Gnapié le Lundi 26 Janvier 2026 à 21:54 | Lu 158 fois


En marge de l’histoire officielle de l’Afrique coloniale, se cachent des trajectoires humaines puissantes, souvent ignorées ou éclipsées par les récits dominants sur les guerres et les conquêtes. Parmi elles, celle d'une figure religieuse africaine, qui a été arrêtée puis déportée par les autorités coloniales françaises, et qui révèle une page douloureuse mais cruciale de l’histoire afro-européenne.


La tombe de Cheick Cherif Hamallah à Montluçon





Né en 1883 à Kamba Sagho au Mali, Cheikh Hamallah (parfois orthographié Hamahoullah) fut l’un des principaux maîtres soufis du Sahel et un grand propagateur de la Tijâniyya, une puissante confrérie mystique islamique qui s’étendait à travers le Mali, la Mauritanie et le Sénégal.
Cheikh Hamallah ne fut pas un religieux passif. Son engagement spirituel était intimement lié à une posture de refus de la domination coloniale. Il s’opposa fermement aux autorités françaises, notamment par son insoumission aux structures coloniales et son influence grandissante parmi les populations du Sahel.

Cette hostilité apparente au pouvoir colonial le rendit suspect aux yeux des administrateurs européens. Arrêté pour la première fois en 1925, il fut interné à Mederdra (Mauritanie) puis déporté en Côte d’Ivoire, où il passa une décennie en exil.
Après plusieurs détentions, y compris en Algérie, Cheikh Hamallah fut finalement transféré en France pendant la Seconde Guerre mondiale, où il fut interné dans le camp d’Évaux-les-Bains (Creuse). Sa condition de santé se détériora rapidement dans le climat froid d’Europe. Il mourut le 19 janvier 1943 à Montluçon (Allier). 

Pendant des décennies, les autorités coloniales ne révélèrent pas officiellement sa mort, et son corps resta enterré loin de sa terre natale, au cimetière de l’Est de Montluçon, devenu depuis un lieu de recueillement pour ses fidèles et pèlerins du monde entier.
Cheikh Hamallah est aujourd’hui perçu non seulement comme un maître spirituel, mais comme un symbole de résistance pacifique à une domination qui ne tolérera jamais l’autorité spirituelle indépendante afro-musulmane.

Junior Gnapié


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