Le Sénégal vient de vivre l’un des tournants politiques les plus marquants de son histoire récente. En limogeant son Premier ministre Ousmane Sonko le 22 mai 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a officiellement mis fin à une alliance qui incarnait pourtant l’espoir d’une rupture politique en 2024. Derrière le slogan « Diomaye Moy Sonko », symbole d’un tandem présenté comme indissociable, se cachait en réalité une rivalité de pouvoir devenue impossible à contenir.
Depuis plusieurs mois, les signaux d’une fracture étaient visibles. Ousmane Sonko, leader charismatique du Pastef, reprochait publiquement au chef de l’État son manque d’autorité et la lenteur des réformes promises aux Sénégalais. En face, Bassirou Diomaye Faye semblait vouloir progressivement s’émanciper de l’ombre de celui qui l’avait porté au sommet de l’État après son inéligibilité à la présidentielle de 2024. La nomination d’Aminata Touré à la tête de la coalition présidentielle en novembre 2025 avait déjà révélé l’ampleur des divergences stratégiques entre les deux hommes.
Le divorce politique était d’autant plus inévitable que les ambitions présidentielles des deux figures devenaient incompatibles à l’approche de 2029. Ousmane Sonko conserve une immense popularité auprès de la jeunesse sénégalaise et de la base militante du Pastef. À l’inverse, Bassirou Diomaye Faye, plus discret et institutionnel, tente depuis plusieurs mois de construire sa propre légitimité présidentielle. En limogeant son Premier ministre, le chef de l’État reprend constitutionnellement le contrôle de l’appareil exécutif, mais prend également un risque politique majeur : celui d’affronter un Sonko désormais libre de redevenir le principal opposant du pays.
Cette rupture ouvre une période d’incertitude pour le Sénégal. Le Pastef domine toujours largement l’Assemblée nationale, tandis que le pays fait face à une situation économique délicate marquée par une dette publique estimée à plus de 130 % du PIB selon le Fonds monétaire international. Dans ce contexte social tendu, la bataille pour 2029 semble déjà lancée. Et si Bassirou Diomaye Faye a remporté une manche institutionnelle, Ousmane Sonko, lui, paraît déjà reconquérir la rue et l’opinion.
Philippe AKOUA