Une liste de Coupe du monde n’est jamais une addition de chiffres. Mais elle ne peut pas non plus les ignorer totalement. C’est toute la contradiction de la sélection d’Emerse Faé. Le technicien ivoirien dit vouloir un groupe équilibré, prêt pour le combat. Pourtant, certains choix donnent le sentiment que la fidélité au noyau des champions d’Afrique a parfois pesé plus lourd que la forme du moment.
Le cas Jean-Michaël Seri est le plus symbolique. À 34 ans, l’ancien joueur de Fulham et Hull City évolue désormais à Maribor, en Slovénie. Sa saison 2025-2026 reste modeste statistiquement : selon les données disponibles, il compte notamment 14 matchs en championnat slovène, avec trois cartons jaunes, et un rôle davantage lié à la gestion qu’à l’impact offensif. Reuters rappelait déjà en décembre 2025 qu’il revenait d’une longue blessure et n’avait plus joué avec la sélection depuis octobre 2024.
Le problème n’est pas de nier son talent. Seri reste un joueur intelligent, capable d’orienter le jeu et de calmer les temps faibles. Mais dans un Mondial, face à des milieux puissants et rapides, la question est simple : la Côte d’Ivoire peut-elle encore construire son entrejeu autour d’un joueur vieillissant, au rythme potentiellement inférieur à l’exigence du très haut niveau ?
Le cas Oumar Diakité est différent, mais tout aussi discutable. L’attaquant évolue aujourd’hui au Cercle Bruges, en Belgique. Sa saison n’est pas catastrophique : FotMob lui attribue 7 buts, 0 passe décisive, 1 427 minutes jouées et une note moyenne de 6,69 en Pro League belge. FootyStats avance également 7 buts en 25 matchs. Mais pour un attaquant retenu dans une liste mondiale, ces chiffres restent corrects sans être irrésistibles.
C’est là que le débat devient plus sensible : pourquoi retenir Diakité et laisser Martial Godo en réserve ? L’ailier de Strasbourg sort d’une saison autrement plus marquante. Foot Mercato lui attribue 15 buts et 6 passes décisives toutes compétitions confondues en 2025-2026, dont 14 buts et 5 passes avec Strasbourg. En Ligue 1, FotMob recense 8 buts, 1 passe décisive et 1 497 minutes disputées. En Ligue Europa Conférence, l’UEFA lui crédite 4 buts et 4 passes décisives en 11 matchs.
À ce niveau, ce n’est plus seulement une absence. C’est un message. Godo a produit, marqué, provoqué, existé dans un championnat majeur. Il incarne la vitesse, la percussion, la fraîcheur, exactement ce dont les Éléphants peuvent avoir besoin dans les fins de match. Le laisser hors des 26 donne l’impression que la hiérarchie interne a pris le dessus sur la performance brute.
Au fond, Faé ne fait pas une liste de récompense. Il fait une liste de conviction. C’est son droit. Mais c’est aussi son risque. Car si Seri souffre dans l’intensité, si Diakité manque de réalisme, et si l’attaque ivoirienne peine à faire la différence, le nom de Martial Godo reviendra très vite dans toutes les discussions.
Cette liste n’est donc pas incohérente. Elle est politique. Elle protège un groupe, des équilibres, des hommes de confiance. Mais une Coupe du monde ne pardonne pas les choix sentimentaux. Faé veut être jugé sur le terrain. Il le sera. Et si les Éléphants trébuchent, cette question restera : fallait-il privilégier ceux qui connaissent le groupe ou ceux qui arrivaient lancés par une vraie saison XXL ?
Philippe AKOUA














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