Cette semaine, Abidjan est à nouveau au cœur de l'agenda régional de l'Afrique de l'Ouest. Du mardi 28 avril au vendredi 1er mai 2026, la Commission de la Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) tient dans la capitale ivoirienne cinq réunions de haut niveau consacrées au renforcement du commerce intra-régional. Ministres, technocrates, représentants du secteur privé, experts économiques et diplomates de toute la sous-région : la ville bruissera cette semaine de discussions qui engagent l'avenir de quinze pays et de plusieurs centaines de millions d'habitants.
Ce n'est pas la première fois en 2026 qu'Abidjan joue ce rôle. En mars déjà, la ville avait accueilli une consultation régionale stratégique de la CEDEAO qui avait planché sur l'avenir du commerce, de l'intégration économique et du développement durable en Afrique de l'Ouest. Ce cycle de consultations prépare un Sommet spécial sur l'avenir de la CEDEAO, dont les contours se précisent de mois en mois. La Côte d'Ivoire, par sa présence active et sa stabilité institutionnelle, s'est imposée comme le cadre naturel de ces grandes concertations continentales.
Pourquoi le commerce intra-régional est si faible — et si crucial
Les raisons de cette faiblesse sont bien connues. Des barrières non tarifaires qui ralentissent ou bloquent les échanges aux frontières malgré les textes de libre-échange. Des infrastructures de transport insuffisantes et fragmentées qui rendent le commerce interrégional plus coûteux que le commerce avec les partenaires lointains. Une dépendance structurelle aux exportations de matières premières — cacao, pétrole, minerais — qui limitent les échanges à quelques produits bruts. Et des incertitudes politiques qui pèsent sur la confiance des investisseurs et des opérateurs économiques.
📌 L'agenda de la CEDEAO à Abidjan cette semaine
Thèmes : barrières non tarifaires, infrastructures, industrialisation, monnaie commune, numérisation des échanges
Cadre : Préparation du Sommet spécial sur l'avenir de la CEDEAO · Vision 2050
Objectifs chiffrés proposés :
→ Commerce intra-CEDEAO à 10 % d'ici 2028
→ Part des exportations manufacturières doublée d'ici 2030
→ Délais aux frontières réduits d'un tiers en 3 ans
La CEDEAO à la croisée des chemins : intégrer ou se fragmenter
Cette réduction du périmètre de l'organisation soulève une question existentielle : une CEDEAO sans les pays sahéliens est-elle encore l'organisation d'intégration ouest-africaine qu'elle ambitionnait d'être ? Mohamed Ibn Chambas, président du groupe de travail sur le schéma de libéralisation des échanges, a résumé l'enjeu avec une franchise bienvenue : « La CEDEAO avancera-t-elle vers une région économique pleinement intégrée, ou la fragmentation persistera-t-elle ? »
— Mohamed Ibn Chambas, Chairman Task Force ETLS-CEDEAO · Abidjan, mars 2026
La Côte d'Ivoire, locomotive incontournable
Le ministre délégué Adama Dosso, chargé de l'Intégration africaine et des Ivoiriens de l'Extérieur, a porté la vision ivoirienne lors des consultations de mars avec des engagements chiffrés concrets : porter la part du commerce intra-CEDEAO à 10 % d'ici 2028, doubler les exportations manufacturières d'ici 2030. Ce sont des objectifs ambitieux. Mais ce sont aussi les objectifs d'un pays qui se sent en capacité de les atteindre, et qui entend entraîner ses voisins dans ce mouvement.
Cinq réunions de haut niveau en quatre jours. Pour la Côte d'Ivoire, accueillir cet agenda, c'est aussi une démonstration de force institutionnelle. Un message envoyé à la région et au monde : Abidjan est le lieu où l'Afrique de l'Ouest réfléchit à son avenir.














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