Il n'y a pas de bulletin d'alerte, pas de cellule de crise, pas de point de presse gouvernemental d'urgence. Et pourtant, chaque semaine, des familles ivoiriennes reçoivent la pire des nouvelles. Une collision sur l'autoroute du Nord. Un car qui quitte la chaussée dans la brousse. Un camion aux freins défaillants qui fauchent un minibus. Depuis janvier 2026, ce rituel meurtrier a déjà emporté 164 personnes et blessé 1 934 autres sur les routes ivoiriennes.
Un mort toutes les treize heures. Un blessé toutes les quarante minutes. Ce sont les chiffres bruts de l'insécurité routière en Côte d'Ivoire au premier trimestre 2026. Des chiffres qui ne font presque plus la une des journaux tellement ils sont devenus banals. C'est précisément ce que ce dossier veut dénoncer : la banalisation d'un fléau qui, à l'échelle d'un pays, équivaut à une catastrophe permanente.
Le pire accident de 2026 : 19 morts sur l'axe San Pedro–Sassandra
Quelques jours auparavant, le samedi 1er février, sur l'axe Madinani-Séguélon dans le nord du pays, un autre drame : un camion transportant illégalement des passagers s'est renversé. Au moins 14 morts. Ces gens n'auraient pas dû être dans ce camion. Ils y étaient parce qu'il n'y avait pas d'autre option sur cet axe, ou parce que la course était moins chère. L'insécurité routière ivoirienne, c'est aussi ça : la pauvreté des choix de mobilité qui pousse les populations à prendre des risques mortels.
🚨 Les accidents les plus meurtriers du T1 2026
8 février : Axe San Pedro-Sassandra — collision camion/minicar, 19 morts dont 4 membres d'une même famille
3 avril : Autoroute du Nord PK 272, UTB — car sorti de chaussée, 1 mort, 22 cas graves, 23 blessés
18 avril : Axe Zoukougbeu-Daloa + Bongouanou — 3 morts dans deux accidents distincts le même jour
Les causes connues de tous, les solutions attendues depuis trop longtemps
La Côte d'Ivoire a lancé depuis février 2026 une opération « Tolérance Zéro » sur les routes, dont la Préfecture de Police d'Abidjan a présenté le bilan le 22 avril. Des résultats intermédiaires encourageants à Abidjan — mais les accidents les plus meurtriers se produisent hors de la capitale économique, sur les axes interurbains où le contrôle est plus difficile à exercer.
— Analyse Rédaction Abidjan4All · bilan T1 2026
Que fait l'État ? Que faut-il faire de plus ?
Mais tout cela ne suffit pas encore. Ce qu'il faut, c'est une action structurelle sur trois fronts simultanés. D'abord, un contrôle technique obligatoire et effectivement appliqué pour tous les véhicules de transport en commun — pas seulement en théorie. Ensuite, un renforcement des pénalités contre les transporteurs qui surchargent ou qui font rouler des véhicules défaillants. Enfin, une politique claire de mobilité interurbaine qui offre des alternatives sûres aux populations qui n'ont aujourd'hui que le choix entre un car vieillissant et un camion de marchandises.
164 morts en un trimestre. 164 familles endeuillées. 164 histoires interrompues. Ce chiffre mérite autant d'attention que les indices boursiers, les taux de croissance et les inaugurations de grands chantiers. La Côte d'Ivoire qui se développe ne peut pas se permettre de sacrifier chaque semaine des dizaines des siens sur des routes qu'elle est capable d'améliorer.














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