Il y a quelque chose d'historique dans la réunion de lundi. Pour la première fois depuis des décennies, un gouvernement ivoirien a invité l'ensemble des forces politiques — majorité et opposition réunies, société civile incluse — à la même table, pour une présentation transparente du projet de réforme de son système électoral. Cissé Bacongo pour le RHDP, Simone Ehivet Gbagbo pour le MGC, Pascal Affi N'Guessan pour le FPI, Charles Blé Goudé pour le COJEP, Philippe Ezaley pour le PDCI-RDA : des adversaires devenus — le temps d'une matinée — des interlocuteurs.
Le Premier ministre a dévoilé les grandes orientations de la réforme de la gouvernance électorale en Côte d'Ivoire aux partis politiques et aux organisations de la société civile. Objectif : tourner la page des crises électorales et bâtir un système plus transparent, plus crédible et davantage consensuel.
Trois piliers pour dépasser vingt-cinq ans d'impasse
Le premier organe sera chargé exclusivement de l'organisation matérielle des élections — la logistique du scrutin. Le deuxième assurera le recensement des suffrages et la compilation des résultats, avec pour mission de garantir la sincérité des résultats proclamés. Le troisième veillera à la supervision et au contrôle de l'ensemble du processus. Pour l'exécutif, cette séparation des fonctions permettra d'éviter la concentration de l'ensemble des responsabilités électorales au sein d'une seule institution, comme c'était le cas avec la CEI.
— Robert Beugré Mambé, Premier ministre · Primature, 22 juin 2026
L'opposition entre ouverture et exigence
Si le dialogue engagé par l'exécutif reçoit un accueil favorable, les partis d'opposition demeurent prudents. Les leaders présents ont salué l'ouverture du débat, tout en précisant qu'ils attendent la transmission du projet de loi écrit pour formuler des propositions concrètes. Parmi les plus critiques, le mouvement « Force aux peuples » a publié une déclaration soulignant que la réforme arrive avec une architecture déjà définie, alors qu'une réforme sérieuse et durable ne commence pas par la conception d'un organigramme mais par un diagnostic partagé, rigoureux et transparent des problèmes à résoudre.
📋 Les conditions posées par l'opposition pour soutenir la réforme
Un processus inclusif — toutes les forces politiques doivent être consultées, pas seulement informées
Un projet de loi écrit soumis avant adoption — pour permettre des propositions concrètes
La prise en compte des populations vulnérables : femmes, jeunes, diaspora, personnes handicapées, ruraux
Une éducation civique et électorale nationale en amont de toute réforme institutionnelle
La balle est désormais dans le camp du Parlement. Le gouvernement prévoit de soumettre prochainement le projet de loi constitutif de la nouvelle architecture électorale, marquant le début d'un processus législatif qui dira si cette ouverture diplomatique du 22 juin se traduit en véritable refondation démocratique — ou en simple réorganisation administrative d'une institution contestée depuis sa naissance.














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