Il y a des réunions qui marquent. Celle organisée par l'UIAFFIF à l'espace CEDIAS du Musée Social, dans le paisible 7e arrondissement de Paris, était de celles-là. Autour d'une présidente visiblement émue mais déterminée, de cadres bancaires engagés et d'un juriste rigoureux, plusieurs dizaines de femmes de la diaspora ivoirienne ont découvert, images à l'appui, ce que leurs cotisations, leurs sacrifices et leur confiance collective ont produit de concret en Côte d'Ivoire : 50 maisons livrées, des clés remises, des familles installées. Et 250 autres en cours de construction.
La réunion d'information organisée par l'UIAFFIF — l'Union Interfédérale des Associations Féminines et des Femmes Ivoiriennes de France — était consacrée à deux objectifs précis : présenter la restitution officielle de la première tranche du programme de 300 logements à Bingerville (Côte d'Ivoire) et ouvrir la perspective des projets à venir. Pour l'occasion, la présidente Carole Sanni avait réuni autour d'elle une délégation de poids, venue spécialement pour témoigner de l'engagement institutionnel derrière cette aventure.
👥 Intervenants présents à la réunion
15 janvier 2026 : le jour où les clés ont changé de mains
La première bénéficiaire à recevoir ses clés, Mme Diarrassouba, est devenue ce soir-là le visage d'un projet que beaucoup avaient jugé impossible. La cérémonie s'est déroulée en présence de plusieurs personnalités de premier plan, dont Célestin Koala, directeur du logement de Côte d'Ivoire, du directeur adjoint de la BNI, et du représentant du ministère délégué auprès des affaires étrangères. Une présence institutionnelle qui légitime définitivement ce programme comme un modèle de co-construction entre diaspora et État ivoirien.
— Jérôme Ahua, Directeur Général Adjoint de la BNI — Réunion CEDIAS, Paris
Le chantier en images : ce que Maître Gallo Tabley Romaric a montré
La deuxième tranche de 50 logements est à un stade avancé. Toutes les maisons sont couvertes. Les équipes sont dans la phase de finition : carrelage, installation des fenêtres et des portes, crépissage. La livraison officielle est annoncée pour le 15 avril 2026. Un réseau d'alimentation en eau a été installé sur le chantier pour accélérer les travaux. La troisième tranche, elle aussi de 50 maisons, a déjà démarré. L'implantation des maisons est en cours et les fondations ont commencé à être creusées. Ce démarrage anticipé vise à respecter un objectif ambitieux : livrer l'ensemble de la cité de 300 logements d'ici le premier trimestre 2027.
Sur le plan des infrastructures, Maître Gallo Tabley Romaric a également présenté l'état du VRD — Voiries et Réseaux Divers. Les travaux de terrassement sont achevés, les grandes voies sont ouvertes. Plus de 100 mètres de conduits d'assainissement ont été posés. Les réseaux d'eau potable et d'évacuation des eaux usées sont en cours d'installation selon un plan en phases 4 et 5. Des caniveaux ont été implantés pour l'évacuation pluviale. En somme : une vraie cité, avec toutes ses artères et ses veines, pas un simple alignement de maisons.
🏠 Ce que comprend chaque logement
Maître Gallo Tabley Romaric : la rigueur juridique au service de la confiance
Le juriste a aussi salué l'implication personnelle de la présidente Carole Sanni, dont il a rappelé la présence régulière sur les chantiers à Abidjan, une présence qui a, selon lui, directement contribué à la qualité des ouvrages et au respect des délais. « Son engagement est total. Son exigence pour le travail se perçoit dans la qualité des ouvrages réalisés sur le chantier », a-t-il souligné.
La BNI s'engage au-delà du crédit : un partenaire de vision
Rappelant que le programme repose sur un crédit à 15 ans — une innovation bancaire significative au regard des habitudes du secteur — Jérôme Ahua a tenu à clarifier les obligations de remboursement avec une franchise appréciée. La banque a pris un risque collectif en accompagnant ce projet sans demander de fiches de paie, en acceptant des profils diasporiques dont la situation financière est domiciliée en Europe. Elle a besoin, en retour, que chaque bénéficiaire honore ses mensualités de 339 euros.
Au-delà du projet immobilier lui-même, le DGA a présenté l'écosystème de la BNI à disposition de la diaspora, et a surtout l'annoncé que la BNI travaille à ouvrir une représentation opérationnelle en France pour accompagner les diasporas au quotidien, sur place, sans gérer « à distance ».
— Jérôme Ahua, DGA — Banque Nationale d'Investissement de Côte d'Ivoire
La double peine de la diaspora : enfin des solutions
Ce changement réglementaire, qui peut sembler technique, est en réalité révolutionnaire. Il signifie que tout Ivoirien, Sénégalais, Burkinabè ou Béninois vivant en France peut désormais ouvrir un compte dans sa banque d'origine et bénéficier des mêmes droits et produits financiers que ses concitoyens restés au pays — y compris l'accès aux crédits immobiliers. Le projet de l'UIAFFIF s'inscrit précisément dans cette nouvelle réalité.
⚠️ Les 4 défis structurels nommés par le Dr Nkamgueu
- Le foncier — Comment obtenir un titre sécurisé ? La dématérialisation des cadastres reste un chantier prioritaire pour les États africains.
- Les promoteurs agréés — Comment identifier un constructeur fiable, accrédité, qui ira jusqu'au bout du projet ? L'absence de référentiels officiels reste un frein majeur.
- Le financement — La double peine du crédit : ni banque européenne ni banque africaine ne prêtait aux diasporas. Le nouveau statut BCEAO change partiellement la donne.
- Les garanties — Assurance crédit en cas de décès, garantie de bonne fin de chantier, garantie décennale : des mécanismes standards en Europe qui n'existent pas encore systématiquement pour les constructions africaines.
Les nouveaux projets : Bingerville et Mankono en vue
Le message de la présidente : rigueur, solidarité, et « fonds de la femme ivoirienne »
Elle a également annoncé une idée nouvelle, présentée comme une réflexion collective en cours : la création d'un fonds de la diaspora — qu'elle nomme, avec une fierté assumée, le « fonds de la femme ivoirienne ». Le principe : une mise en commun progressive de l'épargne collective pour financer non seulement des projets immobiliers, mais aussi des besoins ponctuels comme les voyages, les crédits ou les projets entrepreneuriaux, en réduisant le recours aux crédits coûteux auprès d'établissements extérieurs à la communauté. Une tontine institutionnalisée, en quelque sorte, pensée pour le 21e siècle.
Le Club Efficience, présidé par le Dr Nkamgueu, a conclu sur une note d'une profondeur rare : si la première génération ne crée pas un lien patrimonial concret entre ses enfants et le continent africain — par l'immobilier, par l'investissement, par la propriété — la deuxième et la troisième génération finiront par se couper de leurs racines, exactement comme les Européens partis en Amérique après la Seconde Guerre mondiale ont progressivement perdu le lien avec leur pays d'origine. « Dans deux ou trois générations, ils seront des amis étrangers de l'Afrique. Ce qu'on construit aujourd'hui, c'est un ancrage. Pas pour nous. Pour nos enfants. »
— Dr Élie Nkamgueu, Club Efficience — Réunion CEDIAS, Paris


















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