Le mardi 8 juillet, nous entreprenons de faire le voyage de Toukouzou-Hozalem. Il est 19 h30 quand nous embarquons de Jacqueville sous une fine pluie pour le temple de Papa Nouveau à Toukouzou-Hozalem. Mais déjà avant de relier le premier village d'Ahua, nous pressentons les signes avant coureurs d'un voyage d'enfer. 15 minutes pour 1 km de route, en raison des nombreux nids de poule qui jonchent ce petit tronçon. Le décor est pareil jusqu'à Grand-Jack distant de 5 km de Jacqueville. De là jusqu'à Addah (25 km de Jacqueville) en passant par Adjué, Adjakoutié, M'Bokrou et Bahuama, nous traversons des crevasses, des bancs de sable et manquons de nous embourber dans les nombreuses flaques d'eau.
On se croirait dans une autre jungle, loin de cette Côte d'Ivoire que l'on présente toujours comme l'étoile de l'Afrique de l'ouest moderne, avec ses multiples ponts et ses nombreux bitumes. Mais à l'entrée de ce gros village d'Addah, nous découvrons un immense site très bien éclairé et gardé par des vigiles. C'est une plate-forme pétrolière. On nous signifie que de cet endroit, des pipelines acheminent le pétrole jusqu'au site de raffinage à Abidjan. Une véritable centrale surveillée comme de l'huile sur le feu. Seul point de satisfaction, ce village de Addah, nous dit on, bénéficie de quelques infrastructures ( sanitaire et éducative) en termes de retombées, contrairement aux autres villages. Il aura fallu un peu plus d'une heure 30 pour parcourir les 25 km. Puis le cap est mis les villages de Adessé, Avadrivi, Gnangossou, Kraffi et enfin Toukouzou-Hozalem, long d'environs 20 km où nous roulons sur une voie complètement fermée par les hautes herbes. Ce qui nous conforte dans notre assertion que cela fait des lustres que cette voie n'a pas été visitée par les machines.
D'ailleurs, rouler sur cet axe n'est pas sans conséquence. En plus du par- choc endommagé, nous avons été victime du crevaison. Plusieurs conducteurs de taxis brousse qui assuraient la liaison sur cet axe ont été contraints de rendre le tablier. Soient les véhicules sont en épaves ou le moteur est cassé, soient les conducteurs régulièrement malades, ont dû abandonné. " Notre seul problème qui nous fait pleurer chaque jour, c'est cette route. C'est traumatisant surtout quand tu as un malade sur la main et que tu dois l'évacuer dans un centre plus approprié à Jacqueville. On prend toute une journée à voyager. Alors que nous dormons sur des puits de pétrole " , dénonce un habitant de Toukouzou-Hozalem. En effet, ce sont environs 14 villages qui souffrent de cette situation. " Que de promesses non tenues ! Car chaque fois que l'occasion se présente, nous exprimons notre unique doléance au gouvernement, mais sans aucune réponse probante ", se désole un chef de village.
De fait en 2020, lors d'une visite à Grand-Jack, et face à la pression des populations, Patrick Achi, alors Secrétaire général de la présidence de la République a lancé le premier coup de pioche des travaux du bitumage de l'axe Jacqueville-Toukouzou. Selon lui, les travaux allaient être réalisés en deux étapes dont la première serait Jacqueville- Grand Jack puis Grand-Jack-Toukouzou. Mais en lieu et place, c'est un reprogilage lourd. Depuis lors, plus rien. " Nous avons compris que c'était des propos de campagne ", crache un cadre de Jacqueville en colère.
Tout récemment, ce sont les élus notamment le maire de Jacqueville, Joachim Beugré et le député Amon Tanoh Marcel qui portent la voix des populations gagnées par la désillusion et la résignation. " Les populations me chargent de vous dire qu'elles ont un seul problème: le bitumage de l'axe Jacqueville-Toukouzou. Tant que cela n'est pas réalisé, elles ne seront pas contentes. On fabrique le goudron avec le pétrole. Or le pétrole vient de Jacqueville. Et nous n'avons pas le bitume chez nous. Ce n'est pas juste. On veut manger goudron. Le reste, on verra", avaient insisté sous un tonnerre d'applaudissements, les élus locaux lors de l'investiture du chef du village d'Ahua, au mois de mai dernier, parrainée par le vice premier ministre Téné Birahima Ouattara et représenté par le ministre de l'Environnement et de la transition écologique, Abou Bamba. Malheureusement le silence persiste et les populations sombrent encore dans le calvaire. Pendant ce temps, l'exploitation de l'or noir poursuit son chemin.
Norbert Nkaka
















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